mardi 02 juin 2026 à 20:15

Rencontre

Projection en avant-première en présence de la réalisatrice Gaya Jiji

 

Soirée organisée par l’agence ALCA Nouvelle-Aquitaine

Achetez vos places à l’avance au cinéma, à partir du Samedi 23 Mai.

L’Étrangère sera programmé en sortie nationale à partir du Mercredi 24 Juin

L’étrangère

Gaya Jiji

Type de film : Fiction
Année : 2026
Pays : France
Durée : 101 mn
Date de sortie nationale : 17/06/2026
VOSTVoir tous les horaires de ce film

Casting : Zar Amir Ebrahimi, Alexis Manenti, Amr Waked, Megan Northam
Scénario : Gaya Jiji, Sarah Angelini, Agnès Feuvre, Mehdi Ben Attia

Si on avait assez de corde, on se ferait un plaisir – et un devoir – d’attacher solidement à un fauteuil de cinéma devant L’Étrangère tout ce que le petit monde médiatico-politique hexagonal compte de nationalistes braillards, tous ces infatigables éditorialistes, essayistes, débatteurs de plateaux télé, pourfendeurs du fameux eldorado social français supposé agir comme un irrésistible appeau pour les hordes de populations candidates à une « immigration de confort », alléchées par « notre » système de soins, « nos » allocs, « nos » logements sociaux, et qui menacent de déferler sur nos villes et nos campagnes pour « grand remplacer » la société française. Oui, « immigration de confort », on a lu ça, on a entendu ça. Les crapules !

Même chez Selma, le discours discriminant, culpabilisant, a infusé. Selma qui, craignant pour sa vie, a confié son fils à ses parents avant de fuir la Syrie, à pied, a franchi mille obstacles, risqué la mort pour atteindre enfin Bordeaux ; Selma qui, « en situation irrégulière », survit quotidiennement en cumulant « au noir » les petits boulots : la plonge, le ménage de nuit… et gardera à vie la peur panique des aboiements des bergers allemands ; Selma qui se méfie de tout, de toutes et de tous, et qui pourtant s’efforce de donner un peu, pas trop, de sa confiance, sinon elle sait qu’elle est fichue ; Selma qui s’accroche comme à une bouée de sauvetage à son téléphone, ultime lien, fragile, avec son fils qu’elle espère pouvoir faire venir avec elle en France…

L’essentiel du film, tendu comme un arc, de Gaya Jiji, nous attache aux pas et, par fragments, à l’histoire de Selma. Sur les quais de la Garonne, dans le dédale des rues bordelaises, dans la cuisine d’un bistrot ou chez le couple de compatriotes qui l’héberge, la réalisatrice nous imprègne, sans pathos, du regard de la jeune femme. Selma, l’ancienne prof de français en Syrie, l’exilée revenue de tout qui s’efforce de se construire une façade indestructible. Selma qui, parce qu’elle l’a aperçu à la terrasse du bistrot, prenant soin d’un enfant avec une tendresse non-feinte, risque le tout pour le tout en mettant son destin de demandeuse d’asile entre les mains d’un avocat, Maître Jérôme Delauney. Il est avocat d’affaire, incompétent en matière de droits des étrangers, mais il se prend d’affection pour Selma, et décide de l’aider dans ses démarches administratives kafkaïennes. Incidemment, Selma se trouve regardée comme une femme – et plus seulement comme une migrante ou comme une proie. Sous le regard bienveillant, tendre, de Jérôme, elle peut commencer à se reconstruire. On n’en dira pas plus. Fragile, délicat, puissant, porté par une actrice (Zar Amir Ebrahimi) extraordinaire, le film avance comme dans la vie – sur un fil inconfortable, mais porté par une douce humanité.