Les filles du ciel
Bérangère McNeese
Type de film : Fiction
Année : 2025
Pays : France, Belgique
Durée : 96 mn
Casting : Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard, Anne Coesens
Scénario : Bérangère McNeese
Le 21 mai 2026 à 20:15 à Bordeaux.
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Elles ont pour prénom Jenna, Mona, Mallorie – et Jade, son bébé. Trois jeunes femmes qui vivent ensemble, quitte à dormir les unes sur les autres, au Ciel – le petit nom donné à l’appartement du 8e étage où le trio a trouvé refuge. Mona bosse au supermarché du coin, tandis que Jenna et Mallorie, elles, travaillent toutes les nuits dans une boîte où elles proposent des petits massages aux clients prêts à mettre la main à la poche : on ramène l’argent comme on peut. Si Jenna est scrupuleusement à cheval sur les principes, Mallorie, elle, se laisse parfois aller à subtiliser un portefeuille qui traîne ou qui dépasse trop ostensiblement d’une poche. Ce qui n’est pas sans créer certaines tensions. Car Jenna, qui s’impose comme la plus mature du groupe, veille à ce que les trois règles fondatrices de la coloc’ soient respectées : 1/ ne pas ramener de problèmes au Ciel ; 2/ partager l’argent gagné pour les dépenses collectives et 3/ ne jamais mentir. Et gare à celle qui contreviendrait à ce règlement simple, clair et net : elle serait illico débarquée, telle la première Eve venue, de leur petit paradis.
C’est dans ce gynécée auto-géré que débarque un beau jour Héloïse. À peine 16 ans au compteur, c’est Mallorie qui l’a prise sous son aile alors que le vigile de la galerie marchande menaçait de l’embarquer pour vol à l’étalage repéré par la vidéo-surveillance. Pour la gamine, qui vient tout juste de fuguer de son foyer, c’est l’aubaine : un lieu où dormir, où manger et où surtout on ne lui pose pas de questions. Et ça, ça lui va bien à Héloïse, dont le vécu agité charrie un sacré lot de trucs pas avouables. Une fois acceptées les trois règles d’or rappelées par une Jenna plus que sérieuse, plus matriarche que jamais, c’est décidé : Héloïse est adoptée par ces trois nanas qui, comme elle, semblent un peu paumées et qui ont trouvé entre elles une solidarité et un amour sincère qui n’appartient qu’à elles. Héloïse s’intègre petit à petit, sans faire de bruit. Et commence à baisser la garde au milieu de ces filles attentives, partageuses – une nouveauté pour elle qui a dû apprendre la méfiance et à ne compter que sur elle-même. Mais voilà, Héloïse doit elle aussi participer aux dépenses du groupe…
Avec ce premier film, Bérangère McNeese impose d’emblée son univers singulier, à l’énergie brute. Dans la continuité de ses courts-métrages qui exploraient déjà les corps féminins exposés, surveillés, appropriés mais aussi les stratégies de survie collective, son regard, à la fois franc et tendre, explore une sororité à la marge, aussi puissante que fragile. Une sororité qui est moins présentée comme un idéal que comme une réaction improvisée, nécessaire, vitale, face à l’abandon social dont sont victimes ces jeunes femmes. Chacune a un parcours de vie chaotique mais tente, de manière bien fragile, mais tente tout de même de réorganiser autour d’elle un monde plus rassurant. Sans complaisance, la réalisatrice ne cherche pas à rendre ses héroïnes aimables à tout prix : elle préfère observer, avec honnêteté, comment leur lien se mesure aux secousses de la vie et à la dureté d’une société peu encline à les épargner. Car l’entraide, condition sine qua non de leur survie, entraîne inexorablement des rapports de pouvoir, des dépendances affectives, des pressions implicites avec lesquels doit composer le microcosme féminin. En choisissant la beauté des aspérités plutôt que l’enjolivement lisse, elle signe une œuvre audacieuse, où les éclats de tendresse et d’espoir n’en résonnent que plus fort.



