19 avril à 10:30
Bordeaux
Etty
Hagai Levi
Année : 2025
Pays : France, Allemagne, Pays-Bas
Durée : 324 mn
VOST
Julia Windischbauer, Sebastian Koch, Leopold Witte, Gijs Naber, Claire Bender
Hagai Levi – Basée sur les journaux intimes et les lettres d’Etty Hillesum
Il est rare – pour ne pas dire inédit – qu’on décide de programmer la diffusion complète d’une série. L’évidence et l’enthousiasme l’ont vite emporté au vu des qualités exceptionnelles d’Etty et à la perspective de recevoir Hagai Levi, un des plus grands créateurs de séries au monde, à qui l’on doit notamment BetiPul (adapté en France sous le titre de En Thérapie), The Affair, Our boys ou Scenes from a marriage (adaptation du Scènes de la vie conjugale de Bergman).
La série est inspirée des écrits d’Etty Hillesum (1914-1943), rédigés entre 1941 et 1943 et publiés longtemps après sa mort, survenue à Auschwitz à l’âge de 29 ans, suite à sa déportation volontaire. Jeune femme juive néerlandaise, Etty a en effet refusé de bénéficier des protections qui lui étaient offertes, en choisissant de partager le sort de ses semblables et continuer à aider ceux qu’elle pouvait jusqu’au bout. La série d’Hagai Levi relate les deux années avant sa déportation, pendant lesquelles Etty Hillesum entreprit d’écrire son journal sous l’impulsion de son psychanalyste Julius Spier, avec qui elle entretint une relation amoureuse. Ces écrits témoignent avec une incroyable acuité du parcours émancipateur d’une jeune femme trouvant via l’écriture un nouveau rapport au monde, l’expression entière de son être et de sa considération profonde des autres. Ce cheminement – physique, amoureux, intellectuel – se fait en pleine connaissance de la noirceur de l’époque : confrontée aux montées des persécutions, Etty développe une aversion profonde contre la haine.
« La barbarie nazie éveille en nous une barbarie identique. Cette barbarie qui est la nôtre, nous devons la rejeter intérieurement », écrit-elle.
La trajectoire d’Etty Hillesum reste une énigme pour bien des commentateurs. Issue d’une famille non pratiquante, elle adopta le geste d’agenouillement propre aux chrétiens sans jamais se convertir. La série rend à cette femme son caractère plein et irréductible, s’arrêtant aux portes de ce qui constitue un acte de solidarité à peine concevable, emportant dans son sac vers les camps un exemplaire de la Bible, un du Coran, « L’Idiot » de Dostoïevski et un recueil de poèmes de Rilke.
En plus de relater avec brio cet accomplissement spirituel d’Etty Hillesum, le coup de génie d’Hagai Levi est d’avoir entièrement transposé le récit dans le Amsterdam d’aujourd’hui. Voir une capitale européenne contemporaine plonger dans le totalitarisme, entendre s’entasser le métal des bicyclettes hollandaises comme les nazis amassaient les paires de lunettes à l’entrée des camps : l’effet d’anachronisme est saisissant et résonne avec les discours de haine qui partout gagnent nos sociétés. La lucidité des choix d’Etty Hillesum, refusant d’être réduite au statut de victime, inlassablement guidée par un idéal de solidarité, forme une lecture historique et politique moderne, formidablement éclairante.
















