Les fleurs du manguier
Harà watan
Akio Fujimoto
Année : 2025
Pays : Japon, Malaisie
Durée : 98 mn
Date de sortie nationale : 15/04/2026
VOST
Shomira Rias Uddin, Shofik Rias Uddin
Le mercredi 15 avril 2026 à Bordeaux.
Mercredi 22 AVRIL 2026 à 20h15 SOIRÉE-DÉBAT SUR LE PEUPLE ROHINGYA Première projection du film suivie d’un débat avec Emilie Lopes, journaliste-reporter, et Noureddine Errais, Président- fondateur du Collectif HAMEB (HAlte au Massacre En Birmanie). Pour cette soirée, prévente des places au cinéma à partir du Dimanche 12 Avril (Les Fleurs du manguier est ensuite programmé jusqu’au 5 Mai)
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Cruauté du flux continu de l’information qui capte l’attention mais empêche de s’attarder, de réfléchir, de se souvenir : un drame chasse l’autre, les atrocités du monde hélas se suivent, se ressemblent et s’oublient, remplacées par d’autres plus immédiates… Les mêmes causes produisent sur tous les continents les mêmes effets, de l’Ukraine à Gaza, du Soudan à l’Iran, du martyre des femmes afghanes à la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal : obscurantismes religieux, impérialismes débridés, conflits ethniques et territoriaux, course au pétrole, quête folle d’un prix Nobel de la Paix… Dans ce flot ininterrompu, qui se souvient encore des Rohingyas, cette minorité musulmane de Birmanie, victime depuis des décennies de la haine aveugle des extrémistes bouddhistes ?
Une population victime de massacres de masse, d’incendies de leurs villages, contrainte à l’exil (on trouve désormais deux fois plus de Rohingyas dans les pays voisins qu’à l’intérieur de la Birmanie). Au milieu des années 2010, l’émotion internationale était à son comble. Complice, Aung San Suu Kii se voyait retirer nombre de décorations honorifiques, on collecta pour des millions d’euros d’aide humanitaire. Et puis hop ! Oubliés les Rohingyas, sans espoir de retour, reconstruisant tant bien que mal leur vie dans les pays d’émigration.
Cette longue introduction pour vous situer d’où part (et d’où vient) le film : le cinéaste japonais Akio Fujimoto, qui travailla longtemps en Birmanie et qui vécut longtemps dans la culpabilité du silence imposé par les Birmans sur le génocide des Rohingyas, fait pour sa part le choix de ne pas forcément contextualiser l’odyssée de Shafi, quatre ans, et de sa sœur Somira, neuf ans, qui, dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, quittent un camp de Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie, à plus de 2500 km de là. Un périple interminable, exténuant, d’abord en bateau puis par voie terrestre via le Sud de la Thaïlande, filmé à hauteur d’enfants ballottés et se retrouvant rapidement seuls au fil des aléas du voyage.
Mais s’il montre, par quelques fugaces images d’archives, le souvenir des incendies de villages, s’il ne cache rien de la cruauté de ce que vivent les protagonistes (dangers extrêmes de la traversée et des franchissements de frontières avec des soldats qui n’hésitent pas à tirer sur les clandestins, cruauté des passeurs et des marchands d’esclaves thaïlandais…), le réalisateur choisit de mettre en avant l’extraordinaire inventivité et résilience des deux enfants – notamment de la grande sœur, prête à tout pour garantir la survie de son frère et le rassurer à tout moment. Envers et contre tout, ils sont portés par leur soif de vivre, qui les fait s’amuser d’un rien et trouver, même dans l’adversité, matière à s’émerveiller – et rêver de ce manguier, destination symbolique du voyage. Et comme l’humanité n’est pas définitivement à jeter, le cinéaste raconte aussi la solidarité des autres Rohingyas qui, bien que démunis de tout, vont protéger ces deux enfants livrés à eux-mêmes. En prenant comme point de départ un sujet tragique (qui n’est pas sans rappeler le Moi capitaine de Matteo Garrone, qui suivait le parcours terrible de deux jeunes Subsahariens tentant de rejoindre l’Europe), Akio Fujimoto réussit, grâce à ses deux jeunes acteurs extraordinaires, grâce aussi à une image d’une beauté renversante, à nous proposer une œuvre profondément positive et humaniste.



