Entroncamento
Réalisation : Pedro Cabeleira
Casting : Ana Vilaça, Cleo Diára, Henrique Barbosa, Rafael Morais
Scénario : Diego Figueira, Pedro Cabeleira
Type de film : Fiction
Pays : Portugal
Année : 2025
Durée : 131 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 24/06/2026
Plans serrés, caméra à l’épaule, mélange d’acteurs professionnels et amateurs, confiance dans l’improvisation, rigueur absolue du montage et du rythme, observation hypersensible de ce qui se joue dans une embrouille : fierté, courage, trouille, honte. Voila les ingrédients pour un film âpre et généreux, comme la ville d’où vient le réalisateur et qui donne son titre au film : Entroncamento. Ville populaire – construite pour et par des ouvriers à une heure au Nord de Lisbonne – où les modestes viennent habiter depuis l’inflation exorbitante d’un pays voué à la gentrification la plus féroce, défiscalisation oblige.
Au centre du narcotrafic bien présent dans cette petite ville, il y a Laura, Gilinho, Matreno et les autres. Des voyous qui s’embrouillent comme des voyous, des profiteurs qui profitent, des machos qui machistent, des pirates qui piratent et des flics qui dérouillent. C’est pas du polar, c’est du roman noir comme la détresse sait en produire, noir comme l’amertume d’un mauvais joint sur lequel tout le monde tire dans une cité dortoir ou somnoler son shit est le « fracasse temps » quotidien. Faire sa place dans un milieu de bandits, choisir ses partenaires, savoir qui humilier, qui respecter, sans jamais lâcher son objectif, rien de plus, rien de moins.
L’action se passe dans une communauté gitane ou Laura débarque de Porto pour se refaire. C’est ici que tout a commencé, le quartier de l’enfance de Laura. L’actrice est géniale à en faire peur. Regard d’acier, visage-masque qui ne dit jamais la détresse et affiche une détermination sans limites. Revanche incarnée pour ne plus jamais subir, ne plus servir la soupe, prendre sa part, prendre sa place, et faire la nique à tous ces caralhos.
Ce quartier, c’est aussi celui du jeune réalisateur, qui nous bluffe par la maitrise de son art et sa justesse stylistique. Il a toutes les cartes en main pour nous dépouiller de toutes nos attentes de cinéphiles repus de gangsters en tous genres. Rigueur, rudesse, beauté sont les 3 as de son jeu impeccable. Pas de faute, pas de faille, il est le boss, jusqu’à convoquer Debussy pour nous rendre une embrouille lusitanienne aussi essentielle qu’une tragédie grecque. Le Portugal est un grand pays de cinéma et Pedro Cabeleira rejoint les cracks du groupe de tête. Son cinéma de genre est à placer par sa rigueur formelle au même niveau que Miguel Gomez, Pedro Pinho, João Salaviza.
Et si vous aimez tout simplement les films de voyoutes et de voyous, alors c’est pour vous.



