We want sex equality

Made in Dagenham

Réalisation : Nicel COLE
Casting : avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Miranda Richardson, Géraldine James, Rosamund Pike, Rupert Graves, Jaime Winston
Scénario : Scénario de William Ivory
Récompenses : Festival du film britannique de Dinard 2010 : Meilleur film, Meilleur scénario et Prix du Public. Qui dit mieux ?

Type de film : Fiction
Pays : Angleterre
Année : 2010
Durée : 113 mn
Version : VOST

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We want sex equality, c’est le grand retour de la comédie sociale vigoureuse et réjouissante dont les cinéastes britanniques semblent détenir le secret de fabrication. Celles qui nous font vibrer d’émotion aux aventures ordinaires de prolos héroïques tout en nous déridant sérieusement les zygomatiques. Les exemples les plus emblématiques qui nous viennent à l’esprit, ce sont Full Monty ou Les Virtuoses de bienheureuse mémoire.
We want sex equality s’inscrit en plein dans ce cinéma anglais qu’on aime depuis qu’on aime le cinéma de Ken Loach (coïncidence : le nouveau film du grand Ken sort le 16 Mars). Mais la différence qui saute tout de suite aux yeux, c’est qu’ici les héros sont des héroïnes et qu’en plus elles ont réellement existé…

Nous sommes en 1968 à Dagenham, au cœur de la plus grande usine d’automobiles d’Europe : l’usine Ford, qui emploie à l’époque 55 000 employés et produit environ 500 000 véhicules par an. Dans cette masse d’ouvriers qui pourraient peupler à eux seuls une ville entière, un groupe de femmes, couturières affectées à l’assemblage des sièges, sont en lutte depuis que Ford a déclassé leur travail comme « non-qualifié » alors que des hommes sans aucune qualification particulière sont mieux payés. Ce conflit aurait pu se traduire par une petite grève sectorielle de plus. Mais au fur et à mesure du mouvement, en butte à des syndicats apathiques sinon complices pour mieux favoriser une cogestion avec la direction, ces travailleuses s’éveillent à une conscience politique plus large sur l’injustice que constitue l’inégalité salariale hommes-femmes. Elles décident alors de porter leur lutte sur une revendication plus large pour que l’écart salarial soit réduit dans tout le pays, dans tous les secteurs. Et comme un grain de sable peut enrayer les rouages les plus huilés de l’entreprise la plus gigantesque, les couturières bloquent l’ensemble de la chaine de montage, menaçant de chômage technique les hommes et faisant perdre quotidiennement des milliers de livres au géant Ford, qui commence à s’inquiéter sérieusement depuis son siège américain…
A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous sommes emportés par la liesse du départ de Moubarak après celui de Ben Ali, par la mobilisation du peuple, des gens ordinaires qui ont réussi à faire fléchir le pouvoir. Dans We want sex equality, les femmes se battent pour faire céder la plus grande multinationale au monde. Avec un petit coup de pouce de la première femme ministre de l’histoire anglaise, Barbara Castle, secrétaire d’état travailliste à l’emploi et à la productivité que les Anglais ont immortalisé sous le surnom de « Battling Barbara » et qui, deux ans après sa rencontre avec les ouvrières de Dagenham, institua le Equal Pay Act, premier pas vers l’égalité.

A partir d’un épisode important dans l’histoire des mouvements sociaux en Angleterre, le réalisateur Nigel Cole nous offre une comédie printanière enlevée, qui sent bon le joli mois de Mai et ses envies libératrices, portées par une bande de filles toutes de couleurs vêtues, dans le plus pur esprit des swinging sixties. Le film restitue parfaitement ces années 60, entre rigorisme hérité de l’avant guerre (on pratique encore dans les écoles les châtiments corporels) et joyeuse insouciance. Il montre à merveille la camaraderie féminine des entrepôts surchauffés mais n’élude pas les difficultés d’une lutte qui apparaît prématurée aux yeux des collègues mâles, car le machisme ne vient pas que du patronat !
On se laisse emporter par l’énergie communicative de cette lutte, et le film donne des envies de manifs comme on en rêverait : ludiques, créatives et optimistes. Quand on sait qu’en France, malgré l’article L 3221-2 du Code du Travail imposant l’égalité salariale, le salaire féminin à temps complet est en moyenne de 27% inférieur à celui des hommes (l’écart dépasse les 30% chez les cadres), on se dit qu’on aurait bien besoin d’une Rose Boland et de ses copines pour nous inciter à retrouver le chemin du pavé.

PS : le film doit évidemment beaucoup à sa bande de comédiennes, toutes plus épatantes et pétulantes les unes que les autres.

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