Mon ami Machuca
mon ami machuca
Réalisation : Andrès Wood
Casting : avec Matias Quer, Ariel Mateluna, Manuela Martelli, Aline Küppeinheim, Ernesto Malbran, Tamara Acosta, Federico Luppi
Type de film : Fiction
Pays : Chili
Année : 2004
Durée : 120 mn
Version : VOST
On est à Santiago, au Chili, en 1973. Pinochet est désormais Commandant des forces armées et manœuvre pour éliminer Allende. Dans ce monde troublé, la rencontre incroyable de deux classes sociales opposées… grâce à un homme de Dieu… Lequel sait qu’on n’est pas curetons pour deux sous à Utopia (malgré certaines accointances architecturales), nos anges vous le diront. N’empêche que le portrait de ce prêtre est franchement réjouissant. Un sacré bonhomme, avec une sacrée paire de couilles (Dieu me pardonne, mais si tous les curés étaient comme ça, je me convertirais bien) ! Un type ancré dans son temps, dont la conscience religieuse n’exclut pas la politique, qui ne reste pas inféodé aux désirs de ses donateurs… Ne tournons pas autour du pot : on a beaucoup beaucoup aimé ce film formidablement chaleureux et vivifiant, découvert au Festival de Cannes 2004, à la Quinzaine des Réalisateurs.
Bien sûr : ça pourrait être trop ! Et pourtant ça fonctionne du feu de Dieu (encore lui) ! Sans doute parce que le réalisateur a mis beaucoup de son histoire personnelle, en toute sincérité. Il a trouvé le ton juste pour parler de cette période mouvementée, où nul ne pouvait échapper aux turbulences, à l’effervescence qui grouillait dans les villes, dans les têtes. Tout comme il a su recréer un ton intime pour parler de l’adolescence, des corps qui se transforment, des amitiés qui se dessinent, des nouvelles amours qui pointent comme les seins sous les blouses des compagnes de jeux…
Pas une mèche qui dépasse. Pas une cravate mal nouée : l’uniforme impeccable cache tout signe ostentatoire de richesse. Est-ce vraiment utile d’ailleurs ? Chaque élève de St Patrick (l’école anglaise de garçons) arbore l’assurance tranquille réservée à ceux qui appartiennent aux classes dominantes. Sous chaque chemise blanche, se campe un petit homme corseté de principes, confit dans une éducation catholique élitiste. Voilà trois ans qu’Allende est au pouvoir et aucun d’eux n’aurait l’idée de s’écrier que la politique, ça ne l’intéresse pas ! Tous ont bien intégré que ce gouvernement était celui par lequel le malheur des nantis arrive. Certes les pauvres ont toujours existé et jusque-là il était facile de s’acheter une bonne conscience en leur accordant l’obole. Mais s’il faut parler d’une répartition plus juste des richesses et vider ses poches, ce n’est plus pareil. Alors, les poches soigneusement cousues, on reste entre soi, protégés derrière les grilles du collège catholique. Mais le ver est dans le fruit : même les curés sont un peu rouges désormais dans ce pays. Et si le père Mac Enroe décide d’accueillir dans cet établissement huppé des gamins du Bidonville (parmi eux Machuca), c’est que les voies de la charité chrétienne lui semblent devoir cheminer un temps avec celles du socialisme.
Quand les élèves modèles de St Patrick voient débarquer dans leurs classes des mioches dépenaillés, aux pulls tellement usés qu’on a renoncé à les rapiécer, ils leur font bien sentir qu’ils ne font partie ni du même monde, ni du même camp. On sent poindre sous leur politesse forcée comme une hostilité hargneuse. Le collège est en état de guerre froide. On s’épie, on guette la moindre faille afin de pousser les intrus à la faute, on les traque impitoyablement.
Gonzalo fait partie de cette jeunesse qui a grandi dans une cage dorée, désertée par un père absent et une mère volage. Il sait que Machuca est son ennemi inné. Pourtant une espèce de connivence évidente, inavouable, naît entre eux…



