11 fleurs
Réalisation : WANG XIAO-SHAI
Casting : avec Liu Wenqing, Wang Jingchun, Yan Ni, Zhang Kexuan, Zhong Guo Liuxing
Scénario : Scénario de Wang Xiao-Shai et Lao Ni
Type de film : Fiction
Pays : Chine
Année : 2011
Durée : 115 mn
Version : VOST
Jeune Public : Oui
On en a vu beaucoup, des films chinois qui évoquaient avec plus ou moins de distance, de poésie ou de sentimentalisme, la révolution culturelle qui sévit sous l’ère Mao. On en a aimé certains, d’autres moins… mais tous avaient, à leur façon, dans leur style mélo, épuré ou documentaire, quelque chose à nous dire sur cette période terrifiante qui marqua d’un fer rouge comme le foulard rouge des écoliers de cette époque, rouge comme le petit livre du même nom, l’histoire de la Chine. On pouvait croire en avoir vu suffisamment pour ne plus être surpris, pour s’être un peu lassés, pour ne plus avoir grand chose à apprendre…
Et pourtant, pris au jeu de sa tendresse, de sa délicatesse, de son infinie pudeur, on s’est laissé séduire par ce 11 fleurs qui nous a charmés tranquillement, sans fureur, sans excès, sans en avoir l’air, mais avec une grande sincérité.
Il faut dire que le film est vu à hauteur de gamin. Et à onze ans, on voit la vie telle qu’on voudrait qu’elle soit : rieuse et lumineuse, habitée par les copains et surtout pas trop envahie par les parents, une vie bercée par les premiers émois sensitifs, les jeux débiles mais tellement marrants qui vous tricotent des amitiés à la vie, à la mort, croix de bois, croix de fer, si je mens, que toute ma famille se transforme en chien (c’est comme ça qu’ils disent, les petits chinois).
Dans ce gros village perdu au milieu des montagnes, la vie sous le règne de Mao s’écoulerait presque paisiblement. Les chansons à la gloire du chef suprême et de la nation chérie rythment les saisons, les écoliers commencent leur journée par la traditionnelle gymnastique, ils la finissent au son du klaxon du marchand de glaces. Les adultes travaillent à l’usine, docilement, et ramènent quelquefois, dans leur panier rationné, un petit bout de viande qu’ils partagent entre voisins.
Wang Han est un gamin de son âge et ne se pose bien sûr aucune question sur le bien fondé de cette vie régie par un pouvoir invisible mais omniprésent. Et quand il apprend qu’il est désigné pour être le chef de la gymnastique matinale, celui qui monte sur l’estrade pour guider ses camarades de ses mouvements précis, répétitifs et parfaitement cadencés, sa seule angoisse est qu’il n’a pas de chemise suffisamment belle pour s’acquitter de cette noble mission !
Pourtant, Wang Han a quelque chose que les autres enfants n’ont pas : un papa artiste.
Et même s’il le voit peu, car il travaille en ville, loin du village, ce père lui distille tendrement son goût pour l’observation futile et inutile des belles choses : un bouquet de fleurs posé sur une table, un paysage embrumé, une reproduction écornée d’un peintre impressionniste… Et si le gamin préfère à la contemplation des natures mortes celle bien plus vivante de la sœur d’un de ses camarades de classe, il prend bien volontiers le pinceau que son paternel lui tend avec affection pour croquer le monde qui l’entoure.
Et puis un jour, les choses vont basculer… à cause de cette satanée chemise toute blanche et toute neuve qu’il aura fini par faire coudre à sa pauvre mère à force de lui tirer une tronche de six pieds de long. Une chemise qui sera tachée du sang d’un fugitif… Pour Wang Han, ce sera le début de la peur, sentiment qui n’avait jusqu’alors pas encore franchi la porte de son monde. Et puis la fin de l’innocence…
Car il va peu à peu ouvrir ses oreilles et glisser un pas dans le monde des adultes, un monde où l’on dit que certaines chansons, certaines œuvres sont interdites… un monde où l’on frappe les artistes, les saltimbanques et où les « intellectuels » sont bannis, rejetés comme des pestiférés… un monde où l’on rééduque les masses par le travail aliénant dans les usines, dans les champs… Le monde merveilleux du Grand Timonier.


