Viendra la révolution
Rehearsals for a revolution
Réalisation : Pegah Ahangarani
Scénario : Pegah Ahangarani, Ehsan Abdipour, Amir Ahamadi Arian, Arash Ashtiani, Majed Neisi
Récompenses : Œil d’or du meilleur film documentaire – Festival de Cannes 2026
Type de film : Documentaire
Pays : Iran, Espagne, République tchèque
Année : 2026
Durée : 97 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 09/12/2026
C’est assez incroyable de voir comment Viendra la révolution, qui brasse quarante ans d’Histoire iranienne – depuis la Révolution conduite (depuis la France) par l’ayatollah Khomeyni et l’avènement de la République islamique – est en prise directe avec l’actualité la plus récente du pays : terminé en urgence au printemps 2026 pour être présenté en « séance spéciale » au Festival de Cannes, il intègre les terribles massacres, au mois de janvier précédent, des jeunes manifestants étudiants par les forces du gouvernement et jusqu’aux images des bombardements massifs américains et israéliens sur Téhéran quelques jours plus tôt ! Comme il est assez incroyable que le film parvienne à témoigner à l’échelle du pays de ce pan d’Histoire, ample, complexe, qui s’étale sur des décennies, en se focalisant quasi exclusivement sur le prisme intime de la famille de la réalisatrice. Pour raconter ce fascinant flashback, elle puise dans les archives familiales (ça ne manque pas : le cinéma est, lui aussi, une affaire de famille, les deux parents sont cinéastes !) et, en cinq volets ayant chacun leur chronologie propre, raconte les parcours singuliers de cinq figures de son entourage.
En commençant par le plus proche : le film s’ouvre sur l’image du père de la réalisatrice. Opposant au Shah (dont on a bien vite oublié les crimes), c’est dès l’origine un fidèle compagnon de la Révolution, un militant zélé, un ardent défenseur de la République qui met ardemment son art au service de sa patrie – avant de troquer sa caméra contre un lance-roquettes pour combattre l’ennemi irakien (lors du conflit sanglant qui couvre quasiment la décennie 1980 – déjà provoqué par le soutien des États-Unis à un dictateur, Sadam Hussein). La mère de Pegah, Manijeh Hekmat, commence, elle, sa carrière de réalisatrice dans ces années-là. Elle n’est alors en rien une opposante, ni nostalgique du Shah. Les images d’archives en super 8 dénichée par leur fille se mêlent aux extraits de films réalisés par les deux parents, pour raconter l’irrémédiable désillusion – qui va s’accélérant au rythme de la radicalisation du régime, rétif à toute critique ou opposition. L’exécution du meilleur ami du père, incarcéré dans la sinistre prison d’Evin, à la fin des années 80 est pour la famille un basculement terrible et définitif. À partir de cette rupture, l’Histoire est prise en charge par différents membres de la famille ou de personnages ayant marqué la vie de la réalisatrice (dont sa rencontre décisive avec une enseignante de littérature) – qui apportent ou convoquent des matériaux très différents : films de familles, archives télévisuelles, films tournés par les protagonistes eux-mêmes… L’ensemble dresse le portrait passionnant, puissant, de quarante ans de soubresauts de l’histoire iranienne et documente avec précision les événements familiaux associés à jamais aux marqueurs incontournables : la révolution, le mouvement vert qui a suivi les élections volées de 2009 (manifestations à l’occasion desquelles Pegah Ahangarani fût arrêtée et condamnée une première fois), le grand mouvement Femme Vie Liberté, jusqu’à début 2006 et le terrifiant massacre des étudiants… Depuis son exil à Londres, soutenue par des producteurs espagnol et tchèque, Pegah Ahangarani livre avec Viendra la révolution un formidable témoignage doublé d’un impressionnant plaidoyer pour l’avenir de son pays.



