Marie Madeleine
Réalisation : Gessica Généus
Casting : Gessica Généus, Béonard Monteau, Edouard Baptiste, Mélissa Mildort
Scénario : Gessica Généus
Type de film : Fiction
Pays : Haïti, France
Année : 2026
Durée : 105 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 21/10/2026
Jacmel, ville portuaire sur la côte sud d’Haïti. Au petit matin blême, deux silhouettes de dos face à la mer s’affalent sur un fronton. Leur nuit a dû être follement agitée pour qu’ils échouent là, devant un horizon ouvert dont on ne sait encore s’il est porteur de promesses ou d’illusions déçues. L’instant d’après, la journée est bien entamée, et nous faisons la connaissance de Marie-Madeleine, en sang. Son corps tangue avant de tomber de tout son poids dans une rue pleine de monde, de bruits et de couleurs. Elle est en train de faire une fausse couche mais personne ne s’en préoccupe. Personne excepté Joseph, qui lui vient en aide et l’accompagne à l’hôpital. Mais il se fait immédiatement refouler : dans un pays au bord de l’effondrement, les institutions sanitaires trient le bon grain de l’ivraie pour ne délivrer des soins qu’à celles et ceux « qui valent la peine qu’on les soigne ». Les choses sont ouvertement dites : « elle n’a que ce qu’elle mérite » ! Joseph repart donc avec Marie Madeleine, lui proposant quelques deniers que la jeune femme dépense aussitôt dans un billet de loterie pour choir à nouveau. Il décide alors de la raccompagner chez elle, c’est-à-dire au bordel en face de l’église qu’il est en train d’aider à construire.
Nous voilà d’entrée plongés dans l’effervescence d’Haïti, un pays chargé d’histoire, surnommé « la perle des Antilles », le premier du nouveau continent à obtenir son indépendance à la suite d’une révolte d’esclaves en 1804, une terre riche souvent convoitée, et pourtant un pays qui peine à se stabiliser. Depuis le terrible séisme de 2010 (qui a fait plus de 200 000 morts et disparus rien qu’à Port-au-Prince, la capitale), le pays est devenu un paradigme de déshérence de l’État : environnement, économie, droits fondamentaux de l’individu, santé publique… la faillite est partout ! Plus de la moitié de la population souffre de malnutrition, malgré les aides internationales ou le programme que nous montre le film : un repas chaud par personne et par jour. La loi des gangs vient imposer son régime de terreur, et la religion devient un terreau fertile pour toute une population fragilisée dont l’espérance de vie ne va pas plus loin que la soixantaine !
Mais au-delà de ce sombre tableau, et sans rien occulter des difficultés d’une communauté ô combien malmenée, autant par les éléments naturels que par la nature humaine (ne serait-ce que la vilenie d’une certaine dette imputée à d’anciens esclaves par d’anciens colons…), Gessica Généus (déjà autrice en 2021 du beau Freda) nous offre une histoire lumineuse, chaude et rythmée, une quête irréductible de liberté, un film radical d’une grande beauté plastique.
Marie Madeleine (incarnée par la réalisatrice elle-même) est une femme chahutée par l’existence. Elle utilise son corps comme un instrument, se noie dans l’alcool et donne du plaisir avec un rasoir en bouche. Elle est capable à la fois d’autodestruction et de sursauts de vitalité, elle peut perdre foi en elle-même puis se relever et trouver la foi en l’autre – à l’image d’Haïti, dont les habitants parviennent à survivre à des situations d’injustice indescriptibles. Joseph, lui, vit dans un carcan. Il souffre d’être le bouc émissaire sur lequel se déverse la rage de Jacques, son père, un missionnaire fanatique, gangrené par la colère. Entre ces deux mondes, celui de la religion et celui de la prostitution, une rue comme champ de bataille Et pourtant, ce clivage – la quête du salut par la foi d’un côté, la quête du pain quotidien par le sexe de l’autre – n’empêchera pas la rencontre de ces deux êtres, et à travers elle, une sorte d’émancipation, un espoir porté par l’irrépressible attrait pour la beauté du monde… Un film libre et sans concessions !



