Garance
Réalisation : Jeanne Herry
Casting : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez, Raya Martigny
Scénario : Jeanne Herry
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 116 mn
Sortie nationale : 23/09/2026
« – On m’appelle Garance, c’est le nom d’une fleur. – D’une fleur rouge comme vos lèvres. » (Jacques Prévert, Les Enfants du Paradis, film de Marcel Carné)
Garance… un prénom aux fragrances hors du temps. D’une Garance à l’autre, d’Arletty à Adèle, quelque chose de vaporeux fait résonance, crée comme un cousinage entre les deux héroïnes qui osent croquer la vie à pleines dents, assument leurs choix de femmes libres en faisant fi de la bienséance et des préjugés. La réalisatrice Jeanne Herry (dont on a programmé Pupille et surtout Je verrai toujours vos visages…) offre ici à Adèle Exarchopoulos l’un de ses plus beaux rôles. Totalement bluffante, toute en force fragile, à l’instar d’une Romy Schneider ou d’une Simone Signoret, avec qui elle partage cette fraîcheur un brin déglinguée, usée avant l’heure. Elle n’en est que plus émouvante et l’on est instantanément happé par sa présence magnétique.
Garance a encore l’âge de tous les possibles et un grand rêve : être reconnue comme une bonne comédienne. Et c’est à portée de main, on le pressent. Elle a la niaque, le charisme – tout autant qu’est chevillée à son corps la peur de ne pas être à la hauteur, de n’être qu’une coquille vide… Chaque casting raté, en la poussant un peu plus vers la précarité, renforce cette sensation envahissante. Alors, autant pour fuir ses trouilles que pour abreuver sa soif de vivre, elle sort, danse jusqu’à point d’heure en compagnie d’une joyeuse bande qui va s’élargissant, portée par le même bonheur de s’éclater, de s’enivrer, de jouir sans entraves. Ensemble ils rient, ensemble ils boivent d’abord un peu, puis beaucoup, puis passionnément. Dans l’insouciance de sa jeunesse, Garance se pense insubmersible, se convainc qu’une bonne nuit suffit à remettre ses idées à l’endroit après s’être mis la tête à l’envers. Rien ne semble pouvoir arrêter sa course folle. Mais progressivement l’ivresse occasionnelle ne parvient plus à combler ses angoisses et devient nécessité, le manque envahit les moindres parcelles de sa vie, le moindre de ses pores. Sans qu’elle se l’avoue, son désir de s’échapper dans l’alcool devient incontrôlable, et la rend, le jour en tout cas, de moins en moins fréquentable. Il y a ceux qui s’en moquent – parce qu’elle ne leur est pas grand-chose. Et ceux qui s’inquiètent – parce qu’ils l’aiment, qu’ils la voient sombrer dans l’alcoolisme, sans savoir comment lui tendre la main. Et bien sûr, irrémédiablement, son travail s’en ressent : son metteur en scène, ses partenaires – sa famille de cœur – lentement mais sûrement, à regret de toute évidence, la rétrogradent, désolés par le gâchis. Car Garance en tombant pourrait bien les entraîner dans sa chute… Et un sale matin, alors qu’elle croit que s’ouvre à elle un nouveau projet, le verdict de la troupe claque, sans concession, comme une rupture amoureuse : « On a besoin de prendre de la distance avec toi. »
Mais la vie a de ces mystères… Alors que l’avenir de Garance est plus sombre qu’un tableau de Soulages exposé dans une galerie souterraine par une nuit sans lune, une petite lueur d’espoir s’allume, vacillante…
On ne peut terminer cette mise-en-bouche sans évoquer la présence de Sarah Giraudeau, qui offre un contre-point serein, gracieux, tendre face à l’intranquillité de Garance. D’ailleurs toute la distribution est impeccable, du haut en bas du générique. Que ce soient les personnages de passage, les festifs, les aidants, les soignants… Avec son talent confirmé de cinéaste chorale, Jeanne Herry met toute sa subtilité au service d’un sujet dit « de société », sans une once de pathos, sans jugements, sans psychologie à deux sous… Avec, c’est le cas de le dire, une sobriété à la hauteur des tourments humains de son alcoolique héroïne.



