L’Inconnue
Réalisation : Arthur Harari
Casting : Léa Seydoux, Niel Schneider, Valérie Dréville, Lilith Grasmug, Radu Jude
Scénario : Arthur Harari, Lucas Harari, Vincent Poymiro
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 141 mn
Sortie nationale : 26/08/2026
David Zimmerman (Niels Schneider) est photographe, même si presque personne ne le sait…
Son projet consiste à documenter – cent ans après les cartes postales d’époque et trente ans après son père, lui-même photographe – différents endroits de la métropole parisienne. Le résultat doit dresser un inventaire de ce qui a été transformé, perdu au fil des époques. Solitaire, il arpente donc quotidiennement de sa démarche nonchalante les rues des quartiers populaires de la capitale avant de rentrer se terrer dans son petit appartement. Parfois il emprunte la voiture de sa mère. Mais même avec elle, David se fait taiseux, réfractaire au contact humain. Peut-être que le suicide de son père alors qu’il était enfant…
Un soir, pour lui changer les idées, une amie de sa période beaux-arts, la seule avec qui il est resté en contact, insiste pour l’emmener à une fête déguisée. Arrivé sur place, David déambule de pièce en pièce, anxieux et hermétique aux autres. La nuit avance, la musique se fait plus forte, les corps transpirent et dansent frénétiquement, David s’ennuie… et croise tout à coup le regard insistant d’une femme (Léa Seydoux) qui lui fait oublier la foule. Ce visage hypnotique, David a l’impression de l’avoir « déjà vu ». L’inconnue le prend par la main et l’entraîne à l’écart. Sans un mot ils s’enlacent et s’accouplent fiévreusement jusqu’à l’orgasme. Lui c’est David et elle, c’est Eva (Léa Seydoux). Pourtant quelques heures plus tard, lorsque David se réveille, il sent que quelque chose est différent, son corps… En panique, il court se réfugier chez lui. D’une main tremblante, il ausculte sa bouche, sa poitrine, ses hanches, son sexe et ce qu’il voit n’est plus son corps… mais bien celui d’Eva ! Désormais pour lui/elle, le monde sera double.
Quelques jours plus tard, il comprend qu’il ne peut pas rester sans rien faire et décide de partir en quête de « son corps », qui est maintenant, forcément, « occupé » par Eva. Mais par où commencer ? Peut-être en se raccrochant à son souvenir d’avoir déjà croisé Eva quelques jours avant la fête fatidique. En fouillant dans ses photos et pellicules, il découvre le début d’une piste pour retrouver l’identité de l’inconnue…
« À l’écran, je vois une femme (Eva), mais je sais que c’est un homme (David) ! Mes précédents films, Diamant noir et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, parlent aussi de ça : changer d’identité, être déplacé, refuser le réel pour le récréer différemment. C’est certainement plus explicite dans L’Inconnue. Ce qui m’excitait, c’était de représenter quelque chose de complètement invisible, mais qui soit une expérience du déplacement et de l’altérité. » explique Arthur Harari.
Le film s’empare en effet de manière très originale de ces deux fantasmes, qui sont aussi des promesses romanesques et cinématographiques puissantes : changer de corps et recommencer sa vie à zéro. Pour cela, le cinéaste convoque la métempsychose, qui professe qu’une même âme peut animer successivement plusieurs corps. On aurait tendance à l’assimiler à la métamorphose ou à la résurrection, plus couramment utilisées dans la thématique de la transformation en littérature ou au cinéma. Or la métamorphose est un changement de forme, la résurrection, le retour du corps à la vie après la mort, tandis que la métempsychose croit que l’âme passe d’un corps à un autre. De plus, si la métamorphose est souvent temporaire, la métempsychose, elle, réclame qu’on déménage définitivement d’un corps pour s’installer dans un autre ! Ainsi dans L’Inconnue, il est question de disparition, d’effacement radical, et de recommencement.
Constamment troublant, le film ne reste pas campé sur cette idée originale du transfert d’identités entre deux corps – mais explore aussi des ramifications existentielles profondes, réveillant en nous des questionnements multiples tout au fil d’un récit hanté par le dérèglement et la possibilité qu’une image contienne plus ou carrément autre chose que ce qu’elle montre. Passionnant !



