Affection affection
Alexia Walther, Maxime Matray
Année : 2025
Pays : France
Durée : 102 mn
Date de sortie nationale : 15/04/2026
Agathe Bonitzer, Nathalie Richard, Christophe Paou, Marc Susini
Alexia Walther, Maxime Matray
Voilà un film tout à fait intrigant, à commencer par son titre qui bégaie… Un film qui mélange les genres, oscillant entre le polar, le mélo sentimental et le drame familial – et prend un malin plaisir à jouer avec les décors, les lieux, à rebours des clichés qui leur sont ordinairement associés. Un ancrage local, un crime à élucider, le côté « film publicitaire de l’office de tourisme » en moins, on croirait reconnaître la recette imparable de la série policière à succès Meurtres à… qui continue d’encombrer les soirées de France 3… Mais ici, point de crime à proprement parler. Géraldine (que tout le monde appelle G.), responsable des espaces publics de sa petite ville balnéaire sur la Côte d’Azur, doit faire face à la disparition mystérieuse, le jour de son anniversaire, de Kenza, sa belle fille – et celle, concomitante, de son compagnon Jérôme, (par ailleurs maire pusillanime de la commune), parti inquiet à la recherche de l’adolescente. En contrepoint, la vie de G(éraldine), qui tente de retrouver ses disparus, se complique singulièrement avec la réapparition impromptue de sa mère, partie en voyage en Thaïlande dix-sept ans plus tôt et dont elle n’avait plus aucune nouvelle !
À ces ingrédients de base s’ajoutent : une statue jetée dans une piscine, l’émergence inopinée d’une mine de la seconde guerre mondiale, un petit chien blanc égaré… et pour faire bonne mesure, histoire d’ajouter au trouble qui plane sur la ville, refait surface avec la mine un « cold case » local : la noyade suspecte, lors d’une sortie en mer alcoolisée, de l’ex-femme de Jérôme et mère de Kenza.
On pourrait croire que nos deux cinéastes en ont appelé aux mânes d’Agatha Christie, Exbrayat, Steeman, Boileau-Narcejac et consorts pour tricoter leur intrigue et que l’enquêtrice, affûtée de la déduction, va brillamment en démêler l’écheveau (au dernier chapitre) au terme d’un raisonnement inattaquable. Mais que les détectives en robe de chambre, amateurs d’Hercule Poirot, Miss Marple ou Benoît Blanc ne se réjouissent pas trop vite ! Ils seront même un peu déroutés, tant les pistes que suit G. prennent moult chemins de traverse et se fourvoient dans autant d’improbables impasses. Et c’est justement le charme et la réussite de ce film que de nous balader à sa suite, nous perdre, nous retrouver, ne nous délivrer des informations qu’au compte-goutte… et encore, pas toutes et, surtout, pas forcément les plus pertinentes.
L’autre charme d’Affection Affection réside dans le choix, l’utilisation et l’occupation des décors d’une Côte d’Azur comme vous ne l’avez jamais vue. Pour renforcer l’impression de mystère, Alexia Walther et Maxime Matray exploitent à fond l’atmosphère fantomatique de cette ville de bord de mer hors saison : ses villas donnant sur l’azur vide de yachts, ses terrasses de cafés fermés, un écosystème irréel dans lequel grouille au ralenti une petite société presque insulaire, frileusement recroquevillée sur elle-même, qui semble garder bien au chaud une foultitude de petits secrets plus ou moins avouables. À quoi s’ajoute un casting de choix, qui n’est pas pour rien dans le climat de délicieuse étrangeté qui baigne le film : la trop rare Nathalie Richard dans le rôle de la mère, Christophe Paou épatant dans le rôle de l’improbable maire alcoolique continuellement à côté de la plaque, mais surtout l’impériale Agathe Bonitzer, qui campe une Géraldine nonchalamment évanescente, dont le cartésianisme ne résistera pas à l’aventure.

