Une jeunesse indienne
Réalisé par Neeraj GHAYWAN
Année : 2025
Pays : Inde
Durée : 119 mn
VOST
avec Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor, Shalini Vatsa
Scénario de Neeraj Ghaywan et Sumit Roy
« En 2015, j’ai vu le premier film du réalisateur Neeraj Ghaywan, Masaan, que j’ai adoré. Quand la productrice m’a envoyé le projet de son deuxième film, j’étais très curieux. J’ai aimé l’histoire et son contexte culturel et j’ai eu envie de m’impliquer dans ce projet. À l’arrivée, Une jeunesse indienne est un film indépendant magnifique et une contribution importante au cinéma indien. »
Ces mots, ce sont ceux du cinéaste américain Martin Scorsese, producteur exécutif de cette œuvre qui nous plonge dans l’Inde d’aujourd’hui à travers le portait poignant de deux jeunes hommes, deux amis d’enfance, Chandan et Shoaib. nés dans le même village au nord du pays. L’un fait partie de la caste des Intouchables et l’autre est musulman d’origine pakistanaise.
Même si le pays a, depuis 1949, légiféré pour proscrire la discrimination des castes dites « inférieures » et des populations issues de l’immigration, le retour en force de l’extrême droite indienne fragilise aujourd’hui considérablement ces communautés. Au quotidien, les familles comme celles de Chandan et Shoaib sont confrontées au racisme ambiant et il n’en faut pas beaucoup pour allumer la mèche de cette xénophobie qui consume tout espoir en un avenir meilleur. En silence, ces citoyens s’échinent aux tâches les plus ingrates, dans les champs ou dans les mines, quand ils ne rejoignent pas les immenses manufactures textiles, quittant leurs familles pour partir à des milliers de kilomètres travailler dans des villes-usines déshumanisées. Beaucoup renoncent… mais pas Chandan et Shoaib, qui refusent de rêver petit et que rien ni personne ne pourra arrêter !
Car il existe une possible porte de sortie à cette fatalité sociale, un ticket d’entrée pour une autre existence : devenir gardien de la paix, autrement dit fonctionnaire. « Quand tu portes l’uniforme, personne ne fait attention à ta caste ou ta religion » dit Chandan à Shoaib, alors qu’ils arrivent après une longue journée de marche dans une immense gare à ciel ouvert où déjà des centaines d’autres jeunes comme eux attendent le train sous un soleil de plomb. Dans cette impressionnante scène d’ouverture, nos deux combattants sont alors obligés de se frayer un chemin sur le quai noir de monde puis de jouer des coudes pour se jeter à bord d’un wagon les emmenant vers le lieu du concours. « On va à un examen ou à la guerre ? » demande l’un d’eux. Les places sont chères, chacun le sait. On comptabilise 3500 élus sur plus de 2,5 millions de candidats qui postulent, à travers toute l’Inde !
Un an plus tard, aucune nouvelle du concours… Les deux amis ne peuvent plus attendre. Tandis que Chandan, l’Intouchable, arrive à contourner l’administration pour s’inscrire à l’université, Shoaib tente de se faire embaucher comme vendeur de produits électroménagers en cachant sa confession. Lorsque les résultats de l’examen tombent enfin, ce n’est pas une délivrance qui les attend mais une nouvelle épreuve qui va mettre à mal les fondations même de leur amitié… Dans le même temps, en ce début d’année 2020, au journal télé, on ne parle pas encore de pandémie mais plusieurs malades du COVID sont recensés sur le territoire indien et des rumeurs montent dans les quartiers et les campagnes sur les possibles responsables de cette étrange virus. En période de crise, dans tous les pays de tous les continents, on cherche des boucs émissaires…
Porté par l’énergie de deux acteurs formidables, lumineux et complètement habités par leurs rôles, Une jeunesse indienne ne laisse jamais le misérabilisme plomber un récit qui nous tient en haleine de bout en bout. Une réussite qui doit aussi beaucoup à l’équilibre trouvé entre une description précise de la réalité sociale, un souffle humaniste dans la narration et une exigence esthétique de tous les instants. Du grand cinéma indien !



