Nuestra tierra

Lucrecia Martel

Année : 2025
Pays : Argentine
Durée : 119 mn
VOST

Lucrecia Martel, Maria Alché

15 avril 2026
17:30
16 avril 2026
13:45
17 avril 2026
12:00
19 avril 2026
20:15
20 avril 2026
14:30
(D)
Du 15/04/2026 au 20/04/2026 – Prochaines séances

2009, province de Tucumán au Nord-ouest de l’Argentine. Accompagné de deux anciens policiers, l’homme d’affaires Darío Amín tente d’expulser de « ses » terres les membres de la communauté autochtone de Chuschagasta, qui y vivent depuis des générations et des générations. Le ton monte, début de bousculade, les porte-flingues s’énervent, sortent leurs armes, un coup de feu est tiré : Javier Chocobar, le chef de la communauté, s’effondre, mortellement touché. Âgé de 68 ans, Javier tentait, avec ses camarades, de résister à cette expulsion violente – et plus largement de faire valoir la reconnaissance des droits de propriété de la tribu des Chuschagasta sur ses terres ancestrales. Filmée et diffusée sur les réseaux, la scène de la rixe et de l’assassinat est le témoignage implacable, glaçant, d’un crime qui aurait dû être jugé et sanctionné sans délai. Pourtant, malgré ces preuves accablantes, il aura fallu neuf longues années de mobilisation et de manifestations pour que le procès de Darío Amín et de ses acolytes s’ouvre enfin, en 2018 !

Autour du procès qui sert de fil rouge, à partir des images de la fusillade et des témoignages précieux des indigènes appelés à la barre, Lucrecia Martel entreprend de remonter aux racines de l’histoire : celle du militant autochtone, celle des rapports de force coloniaux toujours à l’œuvre, celle dont on s’est efforcé de déposséder une communauté indigène en lutte. Communauté bafouée et ignorée, à laquelle, à travers son film, la réalisatrice s’efforce de redonner des visages, une culture, un récit, des images. Alternant des entretiens avec de nombreux membres de sa famille, ainsi qu’une multitude de photos historiques de sa femme et de ses ancêtres, Nuestra tierra fait revivre Javier Chocobar, ce qui l’a construit, ce qui l’a déterminé à se lever contre l’injustice, pour sa famille et sa communauté. Le film restitue ainsi toute la dimension humaine et politique de ce drame. Les archives de l’épouse de Chocobar et de ses ancêtres, les paysages grandioses des terres chuchagasta, rappellent que ce peuple, malgré les violences et les tentatives d’appropriation, n’a jamais cessé de se battre pour sa dignité et son territoire.

L’issue du procès, dont le déroulement tient en haleine du début à la fin du film, importe presque moins que le racisme qu’il met en lumière – endémique, d’une rare violence, toujours présent dans la société argentine où l’histoire et la présence des peuples autochtones sont trop souvent passées sous silence. Comme le souligne un intervenant : « À l’école, rares sont ceux qui disent que l’Argentine était habitée par des Indiens, et encore plus rares ceux qui disent qu’elle l’est toujours. »

Figure emblématique du Nouveau cinéma argentin, Lucrecia Martel a acquis une reconnaissance internationale grâce à ses films de fiction (on se souvient de l’enthousiasme provoqué par la sortie de La Cienaga en 2001). Après Zama (2017), drame anticolonialiste, Nuestra tierra est son premier film documentaire. Il approfondit les mécanismes d’exploitation des peuples autochtones et dresse le portrait d’une communauté marquée par des siècles d’injustices coloniales, révélant comment le racisme institutionnalisé par l’État argentin a spolié ces peuples de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. Œuvre à la fois rigoureuse et percutante, Nuestra tierra s’érige en rempart contre l’oubli et la marginalisation des luttes.

D’autres films à l’affiche

Australie – 2009
120mn
Japon – 1966
89mn
France, Soudan – 2025
43mn
Maroc / Espagne – 2025
114mn