Les rayons et les ombres

Réalisé par Xavier GIANNOLI

Année : 2025
Pays : France
Durée : 200 mn
VOST

avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva Carax, August Diehl, Vincent Colombe, André Marcon, Chloé Astor, Maria Cavalier-Bazan
Scénario de Xavier Giannoli et Jacques Fieschi

15 avril 2026
19:30
16 avril 2026
10:45
17 avril 2026
14:00
19 avril 2026
16:30
21 avril 2026
19:30
24 avril 2026
20:00
26 avril 2026
14:00
27 avril 2026
16:30
29 avril 2026
14:15
30 avril 2026
17:15
05 mai 2026
16:15
(D)
Du 15/04/2026 au 05/05/2026 – Prochaines séances

Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette longue et intense plongée en apnée dans le ventre poisseux de la collaboration sous le régime de Vichy s’impose comme une expérience cinématographie et intellectuelle des plus stimulantes. A l’heure de l’expéditif et de la polarisation, Xavier Giannoli prend notre monde à contre courant et emprunte une autre voie, plus ardue à apprivoiser mais tellement plus enrichissante : celle de la lenteur qu’impose toute velléité d’approfondissement, celle de la durée qui permet à une pensée complexe de s’épanouir et de supplanter les vérités prémâchées. L’aventure n’est certes pas toujours des plus aimables et elle oblige le spectateur à une sorte de constante veille morale. Une exigence qui fait partie de la grandeur de ce film, furieusement moderne dans le tableau saisissant qu’il brosse des petits et grands arrangements avec une mécanique autoritaire et fascisante en marche.
En se plongeant à nouveau dans le milieu de la presse – qu’il avait brillamment peint dans son adaptation des Illusions perdues de Balzac –, Xavier Giannoli tend un miroir sans pitié aux connivences dangereuses entre quelques médias et certaines idéologies extrêmes et nous alerte, par une fiction brillante et scrupuleusement documentée, sur une propagande encore – et plus que jamais – à l’œuvre aujourd’hui.

De 1930, quand Jean Luchaire (Jean Dujardin, ambivalent comme jamais), patron de presse aux convictions plutôt à gauche, prône l’amitié franco-allemande jusqu’à 1946, date où il fut jugé, condamné et fusillé, le film retrace la longue, intense et terrifiante descente d’un homme dans les rouages sordides de la collaboration. D’abord les premiers pas, presque hésitants, dans ceux du Maréchal Pétain, qu’il suivra docilement pour éviter à la France « un sort bien pire ». Puis les compromissions avec son ami allemand Otto Abetz, jadis modeste professeur de dessin francophile, désormais ambassadeur du IIIe Reich à Paris. Et les magouilles, les combines, les trafics en tous genres, le marché noir pour maintenir dans ce quotidien rationné un standing à la hauteur de son orgueil, de son goût du luxe, de son appétit pour les plaisirs illicites. Le point de bascule est atteint quand Otto Abetz fait appel à lui pour créer un organe de presse qui saura défendre la politique de l’Allemagne nazie et endormir les masses : fidèle toutou, Jean Luchaire modifie le nom de son journal Notre temps en Les Nouveaux temps, obtient le soutien financier et logistique des Allemands et celui de Vichy, devenant ainsi le patron de presse le plus puissant de Paris occupé puis le président de la section patronale du groupement corporatif de la presse quotidienne, chargé du contrôle des journaux. Sur la question juive, sur les arrestations, sur les tableaux de maître spoliés… il fermera les yeux et finira par adopter ouvertement dans les colonnes de son journal un discours antisémite abject, à l’instar de ses contemporains Louis-Ferdinand Céline, Lucien Rebatet ou Raymond Brasillach.

Le film va s’attacher plus particulièrement à sa relation assez tendre (et parfois ambiguë) avec Corinne (époustouflante Nastya Golubeva Carax), sa fille chérie qui deviendra une vedette éphémère du cinéma français, présentée comme « la nouvelle Greta Garbo ». Pleine d’admiration pour son père, aveugle à la tempête qui déferle sur l’Europe, elle fera partie de ce Paris artistique (celui des Maurice Chevalier, Sacha Guitry ou Coco Chanel) courant les fêtes en compagnie d’officiers allemands pour finir elle aussi rattrapée par l’histoire.
Et dans les poumons de Corinne et de Jean se répand le même germe infectieux, rongeant peu à peu le souffle de leur vie : la tuberculose, que l’on pourrait envisager comme une métaphore de l’idéologie nazie qui se diffuse…

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