La Noire de…

Réalisation : Écrit et réalisé par OUSMANE SEMBÈNE
Casting : avec Mbissine Thérèse Diop, Anne-Marie Jelinek, Robert Fontaine, Momar Nar Sene, Ibrahima Boy
Récompenses : Prix Jean Vigo 1966

Type de film : Fiction
Pays : Sénégal
Année : 1966
Durée : 60 mn
Version : VOST

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L’héroïne de La Noire de… s’appelle Diouana. Comme d’autres femmes sénégalaises sans emploi, elle patiente sur les pavés de la « place des Bonnes », attendant son tour, espérant que des Français installés à Dakar viennent lui proposer un travail au sein de leur foyer.
Une femme à la chevelure blonde la repère au milieu des autres et l’embauche pour s’occuper de ses enfants. Mais très vite, l’opportunité d’un départ en France se profile. La famille plie bagage et rentre définitivement à Antibes. Diouana doit alors choisir : rester au Sénégal ou suivre ses employeurs vers l’inconnu en laissant tout derrière elle, sa mère, sa culture, et ce beau jeune Dakarois rencontré trop tard… Alors malgré le déracinement et poussée par un impératif de survie qui ne laisse guère de choix, Diouana part.
À l’arrivée en France, le désespoir est à la hauteur des attentes : immense.
La jeune femme passe du statut de nounou à celui de bonne à tout faire. Corvées, frustration et humiliations : le quotidien de Diouana est à des années lumières de l’Eldorado qu’elle s’imaginait. Au milieu des ordres et des critiques, les échanges avec ses employeurs se limitent à une réponse invariable : « Oui Madame », « Oui Monsieur ».
Du soleil de la Côte d’Azur, Diouana n’a que des échos, elle qui reste cloîtrée dans cet appartement en forme de cachot. Elle mesure alors chaque jour un peu plus le fossé qui la sépare de sa famille d’accueil, notamment dans la cruauté de petits gestes qui se voudraient bienveillants. Isolée dans sa cuisine, à bout de nerfs, l’employée de maison s’attelle comme elle peut à satisfaire les envies culinaires exotiques du couple et de leurs invités. La nostalgie, les regrets et les questions s’accumulent. Condamnée à effectuer toutes les tâches ménagères, ne comprenant pas la langue française et constamment rabaissée à son seul statut de « Noire de… », Diouana sombre alors dans une profonde dépression.

À sa sortie en 1966, cette tragédie ordinaire est un choc pour les spectateurs et fait écho à ce que vivent beaucoup d’Africaines employées comme domestiques en France. Salué au Festival mondial des arts nègres, le film obtient la plus haute distinction et reçoit ensuite le Tanit d’or au prestigieux Festival de Carthage, puis, en France, le Prix Jean-Vigo. Si tout au long de sa carrière, Ousmane Sembène s’est distingué comme un cinéaste et écrivain de renommée mondiale, La Noire de… reste (avec Le Mandat) l’œuvre la plus singulière et emblématique de son parcours, consacrant Sembène comme « le père du cinéma africain ». Car ce n’est pas seulement son premier long métrage, c’est aussi le premier réalisé par un cinéaste d’Afrique subsaharienne, marquant la fin du décret Laval de 1934, qui interdisait aux Africains de faire du cinéma ! Considérée comme une œuvre afro-féministe avant l’heure, La Noire de… dénonce non seulement le racisme et le sexisme dont l’héroïne est victime, mais aussi la solitude et l’isolement dont elle souffre dans cet appartement sinistrement clinique, dont le sol au motif bariolé noir et blanc évoque des barreaux de prison. Le réalisateur a un jour expliqué que le film aurait pu s’intituler La Maghrébine de… ou La Portugaise de… Il soulignait ainsi que le thème central de son œuvre était l’exploitation humaine et les rapports de classe, quelle que soit sa nationalité ou sa couleur de peau.

Les choses ont-elles changé aujourd’hui ? Il est intéressant de mettre en parallèle cette œuvre majeure réalisée il y a 60 ans et le bouleversant L’Histoire de Souleymane.

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