Le discours d’un roi

THE KING’S SPEECH

Réalisation : Tom HOOPER
Casting : avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter, Guy Pearce, Timothy Spall, Derek Jacobi
Scénario : Scénario de David Seidler

Type de film : Fiction
Pays : Angleterre
Année : 2010
Durée : 118 mn
Version : VOST

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« Rien ne ressemble plus à un homme qu’un roi » Charles XII

Il fut un temps où la seule qualité que l’on demandait à un roi ou une reine, c’était la justification de son hérédité. Peu importait qu’il soit contrefait, sourdingue, ou complètement siphonné, il n’en restait pas moins roi à moins qu’un sort funeste ne lui soit réservé par ses pairs. Le royaume de France eut son Pépin Le Bref dénommé ainsi parce qu’encore plus court sur pattes que notre actuel président, son Louis Ier le Bègue, sans parler de son Charles VI le Fol, digne représentant dingo des rois maudits. Du côté anglais, les dynasties normandes ou anglo-saxonnes ont eu leurs boulets comme Richard III, immortalisé par Shakespeare, ou Edward II, le roi gay qui voulut dépouiller le royaume au profit de ses mignons.
Puis advinrent les nouvelles techniques de communication, la radio, la télévision. Au début des années 30, les chefs d’Etat eurent l’obligation de s’exprimer devant un micro. Deux sinistres personnages y excellèrent : un petit caporal et peintre raté autrichien et un matamore italien surent mieux que quiconque galvaniser les foules en éructant sur les ondes. Du côté de la paisible Angleterre, Albert, fils du roi George V, souffrait d’un énorme handicap pour monter sur le trône : il était bègue et les quelques interventions publiques auxquelles il était contraint tournaient au supplice. Heureusement il était le cadet et en 1936, à la mort de George V, son frère aîné devint Edouard VIII. C’était sans compter sur l’amour qui fait et défait la grande Histoire, puisque le nouveau roi s’enticha d’une roturière américaine doublement divorcée, béguin évidemment incompatible avec la fonction monarchique… Et à la surprise générale, il préféra la femme au trône, abdiqua et laissa les clés du royaume au malheureux Albert qui devint ainsi George VI, investi d’une tâche qui semblait le dépasser.

Que ceux qui sont allergiques aux biopics des familles royales narrées par Stéphane Bern se rassurent. Le discours d’un roi n’est en rien un film consensuel sur le destin d’une tête couronnée. C’est le portrait intelligent et sensible d’un homme qui n’avait pas choisi son sort, en plein combat contre ses démons, démons qui se traduisent par ce bégaiement qui l’empêche d’assumer son rôle.
Ce combat, Albert va le mener avec l’appui indéfectible de son adorable épouse Elizabeth (qui deviendra plus tard l’adorable Reine Mère rose bonbon) et avec la complicité d’un personnage totalement atypique : un orthophoniste pas du tout orthodoxe, acteur shakespearien à ses heures, de surcroit Australien (autant dire, pour un aristocrate anglais des années 30, un va-nu-pieds des îles), qui va pousser Albert dans des retranchements qu’aucun médecin obséquieux n’avait osé approcher. Dans la cave qui lui sert de cabinet, Lionel Logue va ainsi obliger le roi à des séances d’insultes compulsives, à des gesticulations saugrenues, mais aussi à des flash-backs douloureux sur les souffrances d’une enfance lointaine à l’origine de ce foutu bégaiement…

George VI, c’est le formidable Colin Firth qui, disons le tout net, mérite tous les prix d’interprétation de l’année tant il est bouleversant à partir de petits riens, incarnant parfaitement la prestance et l’apparence royale tout comme l’homme aux abois, sachant autant faire rire, dans des séquences typiques d’un humour britannique très pince-sans-rire, que pleurer dans d’autres moments tragiques. A ses côtés, outre le remarquable Geoffrey Rush en orthophoniste, des personnages secondaires hauts en couleurs comme Timothy Spall, (acteur fétiche rondouillard de Mike Leigh) qui incarne à merveille un Winston Churchill à la fois stratège inflexible et soutien prévenant pour le roi désemparé.
C’est d’ailleurs grâce à ce soutien que George VI le roi bègue devint le roi de la résistance courageuse à l’ennemi nazi, n’hésitant pas à se rendre aux côtés des victimes des bombardements allemands, sachant plutôt bien gérer la décolonisation de l’immense empire victorien. Et c’est à ce titre qu’il reste dans le cœur des Anglais comme le monarque probablement le plus aimé.

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