Ridicule

Réalisation : Patrice LECONTE
Casting : avec Charles Berling, Fanny Ardant, Jean Rochefort, Bernard Giraudeau, Judith Godrèche
Récompenses : 5 CESARS 1997 DONT MEILLEUR FILM

Type de film : Fiction, Répertoire
Pays : France
Année : 1996
Durée : 100 mn
Version : VOST

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On connaît tant de malheureux qui se damneraient pour un bon mot. Car avoir de l’esprit, même si l’on est dépourvu d’intelligence, a toujours permis de régner sur les sots. Hélas, l’esprit vous quitte souvent, dès lors que le temps vous rattrape. Prenez Monsieur de Blayac, par exemple, le triste héros du prologue de Ridicule. Durant des années, cette vieille chose qui attend la mort dans l’indifférence générale a régné dans les salons de Louis xv et du jeune Louis xvi. A l’époque, ses mots faisaient trembler. C’est lui qui, tandis qu’un courtisan maladroit chutait en dansant, s’était écrié : « Mais c’est le marquis de Patatras ! »…
Ce Patatras-là avait mis la cour en émoi. Et en joie. Une joie semblable à l’humiliation qu’inflige aujourd’hui à Monsieur de Blayac sa victime d’hier. Une humiliation sans retour. Après l’avoir subie, De Blayac ne peut que disparaître du film et de la vie. Lui et son pauvre esprit s’en vont rejoindre le néant qu’ils n’auraient jamais dû quitter. On existe si peu, en fait, quand on est homme d’esprit.

C’est bien ce que pense Grégoire Ponceludon de Malavoy (Charles Berling, remarquable comédien), noble provincial et désargenté qui, dans le Versailles de 1780, s’en vient plaider auprès du roi la cause de ses paysans mourant les uns après les autres dans les marais insalubres. Pauvre naïf ! Qui se soucie des autres à Versailles, où tout est jeu, hormis, bien sûr, le « moi je » ? La justice ? Foutaises ! La générosité ? À condition qu’elle serve les intérêts de celui qui la pratique. C’est dire que tout le monde se fiche comme d’une guigne des paysans de Ponceludon.
Heureusement pour lui, cet émule de Candide a deux atouts dans sa manche. Sa bonne mine, ce qui n’est pas rien. Et son esprit, ce qui est encore mieux.
Qui veut la fin veut les moyens. Et si, pour Henri iv, Paris valait une messe, quel orgueil imbécile empêcherait un idéaliste pur et dur de fréquenter le monde méprisable et fascinant de la Cour ? Dans le but de faire le bien, évidement. Mais aussi au risque de se perdre…

Tel est le sujet du film de Patrice Leconte : jusqu’où peut-on, faut-il, se compromettre ? Ne nous laissons donc pas abuser par les costumes, les perruques et les poudres qui, en apparence, figent les personnages dans une époque précise, en faisant mine de les éloigner de nous. Ridicule pourrait parfaitement être joué en complet veston et Rolex en or qui brille, troquant le son feutré des clochettes des antichambres contre le tintamarre bling bling des medias.

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