Lire le cinéma, 2e édition

Du 23/04/26 au 26/04/26

La Fiancée du pirate

Nelly Kaplan

Année : 1969
Pays : France
Durée : 107 mn

Bernadette Lafont, Georges Géret, Julien Guiomar, Jean Parédès, Claire Maurier, Henri Czarniak, Michel Constantin
Nelly Kaplan, Claude Makovski, Michel Fabre, Jacques Serguine

Pour une fois, on va vous parler du film en commençant par la fin – rassurez-vous, ce n’est pas vous gâcher le plaisir que de vous la révéler – : sur les dernières images donc, Bernadette Lafont envoie dans les ronces ses chaussures à talon et prend la route de la liberté, jetant un premier coup d’œil qu’on devine énervé au panneau d’avertissement aux nomades qui dit bien l’état d’esprit du bled qu’elle quitte, puis un deuxième qu’on imagine curieux à l’affichette qui reprend le titre du film : La Fiancée du pirate. La musique est la version instrumentale tendance bastringue de la chanson de Barbara indissolublement attachée au film, Moi je m’balance, écrite et composée par Georges Moustaki : « Moi, je m’balance, je m’offre à tous les vents, sans réticence / Moi je m’balance, je m’offre à qui me prend, le cœur indifférent… / Moi, je m’balance, au soleil de minuit, de mes nuits blanches / Moi, je m’balance, chacun sera servi, mais c’est moi qui choisis… » Les paroles de Moustaki donnent bien le ton joyeusement libertaire de cette comédie sardonique et incendiaire qui fustige l’hypocrisie et la médiocrité d’une petite humanité dominée par les mâles.

Comme le résume Nelly Kaplan elle-même, c’est « l’histoire d’une sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs, car c’est elle qui les brûle. » La sorcière, c’est évidemment l’irrésistible, l’irréductible Bernadette Lafont, égérie de la Nouvelle Vague révélée une douzaine d’années plus tôt par Truffaut dans son court métrage mythique Les Mistons puis par Chabrol dans Le Beau Serge, qui trouve là l’un des rôles de sa vie, symbole de l’émancipation radicale des femmes. Elle jouera un personnage approchant quelques années plus tard dans Une belle fille comme moi, (1972), son seul long métrage avec Truffaut.
Née en Argentine de parents juifs russes, venue en France à l’âge de 22 ans, Nelly Kaplan était un drôle d’oiseau migrateur, libre comme l’air, qui avait débuté dans le cinéma aux côtés du réalisateur Abel Gance, avec qui elle collabora pendant une dizaine d’années. Proche des surréalistes, tout particulièrement d’André Breton, elle écrivit des livres érotiques épinglés par la censure, puis réalisa plusieurs courts métrages avant de lancer ce coup d’éclat dans la mare que fut La Fiancée du pirate, qui n’échappa pas lui non plus aux ciseaux d’Anastasie puisqu’il fut à sa sortie interdit aux moins de 18 ans pour cause de « sujet considéré comme libertin ». Tu parles, Charles !

Nelly Kaplan réalisa ensuite quelques films (Papa, les petits bateaux en 1971, Néa en 1976…) passés un peu inaperçus. Pas sûr que ça l’ait beaucoup affectée. Passionnée par le dessin, elle tourna des documentaires sur des maîtres de la peinture. Elle continua à aimer la poésie et publia plusieurs livres dont une autobiographie en 2016 : Entrez, c’est ouvert ! aux éditions L’Âge d’homme. Elle a été emportée à 89 ans par une vague de la Covid, en novembre 2020.

Lire le cinéma, 2e édition

USA – 1947
87mn
Japon – 1967
92mn
France, Italie – 1970
140mn
USA, GB – 1981
106mn
USA, Corée du Sud – 2013
125mn

Du Jeudi 23 au Dimanche 26 AVRIL 2026
LIBRAIRIE MOLLAT et CINÉMA UTOPIA

Quatre jours de rencontres et de projections de films cultes ou pépites rares pour voir et lire le cinéma, les yeux grands ouverts !
Deuxième édition du rendez-vous proposé par la librairie Mollat et le cinéma Utopia, qui met à l’honneur les livres consacrés au cinéma, aux films et aux cinéastes. Prolongeant le plaisir de la séance, ces livres éclairent celles et ceux qui trouvent dans le 7éme Art une façon essentielle de voir et comprendre le monde.
Librairie éphémère à Utopia ! Pendant la durée du festival, la librairie Mollat proposera une sélection de livres de cinéma dans le hall du cinéma.