L’Éclipse
L’eclisse
Réalisation : Michelangelo Antonioni
Casting : Monica Vitti, Alain Delon, Louis Seigner, Rosanna Rory, Lilla Brignonne, Francisco Rabal
Scénario : Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra
Type de film : Fiction, Répertoire
Pays : Italie, France
Année : 1962
Durée : 125 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 02/05/1962
Antonioni clôt en beauté (c’est peu dire !) sa trilogie sur le désarroi de la bourgeoisie italienne, après L’Avventura (1960) et La Notte (1961).
Pour éviter les ennuis d’argent et mener une vie plus confortable, Vittoria (Monica Vitti, sublime), fille de modestes employés, a vécu pendant trois ans avec Ricardo, un jeune attaché d’ambassade (Francisco Rabal). Mais c’est une vie sans amour, sans excitation, qui finit par lasser la jeune femme : malgré les supplications de Ricardo, elle le quitte. Elle rencontre alors à la Bourse, où elle est venue retrouver sa mère qui spéculote (du verbe spéculoter, cf. boursicoter) pour tromper l’ennui, un jeune agent de change qui est beau comme Delon l’était à l’époque et avec qui elle essaie de réapprendre à aimer. Mais Piero va-t-il être à la hauteur ? Pourra-t-il éloigner de l’horizon de Vittoria le spectre de la solitude ? Pas sûr…
Dans une Italie en pleine croissance économique, Antonioni casse l’ambiance et creuse sans pitié son idée de profonde solitude et d’incommunicabilité entre les êtres en isolant ses personnages dans le cadre, en multipliant les grilles, fenêtres et autres obstacles empêchant les amoureux d’aller l’un vers l’autre. Mais même si le film est évidemment formaliste et introspectif, Antonioni se fait aussi le portraitiste attentif d’une société italienne se vautrant lascivement dans l’économie de marché et la consommation. En témoignent les nombreuses scènes se déroulant à la Bourse, trépidantes et agitées, qui contrastent violemment avec le reste du film, bien plus posé, contemplatif. À l’agitation vaine du monde financier – on perd de l’argent aussi vite qu’on en a gagné – répond le tumulte intérieur d’êtres désincarnés, perdus dans de gigantesques structures architecturales qui participent à la déshumanisation ambiante.
Sans aucun repère moral ou social, les personnages du film sont perdus dans un monde matérialiste, uniquement intéressé par l’argent et la possession. Un matérialisme, une réification qui sont génialement exprimés par les dix dernières minutes du film, saisissantes.



