Hope
Réalisation : Na Hong-jin
Casting : Hwang Jeong-min, Jo In-sung, Jung Ho-yeon, Alicia Vikander, Michael Fassbender
Scénario : Na Hong-jin
Type de film : Fiction
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Durée : 156 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 28/10/2026
Dans un quelque part perdu entre les deux Corées, près de la DMZ (zone démilitarisée), là où les routes s’arrêtent, dans une toute petite ville portuaire désespérément tranquille ironiquement nommée Hope (littéralement « espoir »), peuplée de familles de pêcheurs et de fermiers, le chef de la police Ko Bum-seok n’est pas souvent dérangé par des appels. Ce matin-là, ce sont des chasseurs du dimanche, étonnamment sobres pour une fois, qui ont trouvé un cadavre de vache sur un chemin au milieu des champs. A priori rien de bien croustillant à se mettre sous la dent, si ce n’est des blessures béantes énormes sur la carcasse qui font plus penser à un tigre – aussi improbable que ça puisse paraître dans cette région – qu’à tout autre chose… mais à quoi ? L’incrédulité cède vite le pas à la surprise quand on entend au loin une explosion, puis très rapidement à l’agitation et l’affolement alors que des sirènes déchirent à leur tour le silence et que l’on aperçoit de la fumée s’élever au-dessus de Hope. Bum-seok se précipite donc en voiture jusqu’à la ville où il découvre un paysage qui ressemble plus à une zone de guerre qu’aux ruelles familières de son district : façades éventrées, véhicules fracassés encore fumants, quelques personnes courant hagardes et jetant derrière elles des regards affolés… quand soudain, déboulant en faisant des tonneaux depuis une rue adjacente, une voiture écrabouille un fuyard comme un vulgaire insecte ! Tandis que Ko reste tétanisé par la stupeur et l’effroi, sa jeune collègue Im Sung-ae surgit armée jusqu’aux dents et le sort de sa torpeur. Commence alors une ahurissante cavalcade ininterrompue de plus de quarante minutes à la poursuite d’une créature fantôme dévastant tout hors champ, avant que l’on puisse voir et comprendre quoi que ce soit, entièrement filmée au grand angle, au plus près des personnages ballotés à pleine vitesse d’une rue à l’autre, au travers de maisons sur le point de s’effondrer, le tout à pied, à cheval et en voiture !
Cette première séquence – à laquelle rien de ce que vous avez pu voir auparavant au cinéma ne vous a préparés – n’est que le hors-d’œuvre d’un film dont il serait dommage de vous dévoiler tous les ressorts, même s’il n’en manque vraiment pas et c’est peu de le dire. Na Jong-In, on le sait depuis les déjà stupéfiants The Chaser et The Murderer, affectionne particulièrement la course à pied et, alors que d’autres cinéastes ponctueraient paresseusement mais avec soin le récit de pauses psychologiques, virgules humoristiques et autres savants points de suspension angoissants, lui fait tout ça simultanément en courant, dans des séquences d’une complexité délirante. Si on a le souffle court tout du long, c’est aussi à cause des fous rires omniprésents, et à la fin on ne court plus, on galope.
Tour de force, le réalisateur réussit à faire naître des émotions au cœur de ce maelström, à faire exister des personnages avec une épaisseur et une fragilité qu’on peut trouver chez Bong Joon-ho ou Park Chan-wook, joués par une sélection d’acteurs internationaux (aux rôles pour le moins inhabituels), au service d’une histoire qui peu à peu déploie de multiples niveaux de lecture qui font de Hope bien plus qu’un film à grand spectacle. Imbrication sophistiquée de mises en perspective et de points de vue qui progressivement dévoilent personnages et intrigue, tout dans Hope est hors du commun. Les séquences sont tournées en lumière et décors naturels (grandioses), sans fonds verts, à vitesse réelle, l’ajout des effets spéciaux et la post-production ayant duré près de deux ans (le projet total s’est étalé sur dix ans !). Détournant les codes de tous les genres qu’il aborde (on pense bien sûr à The Host, Alien ou Predator…), Hope bascule même vers le space opéra dans ce qui s’annonce comme une trilogie dont ce premier volet est déjà un classique instantané.


