Home Stories
Etwas ganz besonderes
Réalisation : Eva Trobisch
Casting : Frida Hornemann, Max Riemelt, Eva Löbau, Peter René Lüdicke, Rahel Ohm, Gina Henkel
Scénario : Eva Trobisch
Type de film : Fiction
Pays : Allemagne
Année : 2026
Durée : 116 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 29/07/2026
Dans la ville de Greiz, en Thuringe (ex-Allemagne de l’Est), Léa circule à vélo entre les deux maisons de ses parents fraîchement divorcés. Elle ne supporte d’ailleurs plus sa mère et décide du haut de ses seize ans de partir vivre pour de bon avec son daron, dans l’hôtel – qui a connu des jours meilleurs – que possèdent ses grands-parents paternels. Papi a beau s’occuper des chevaux et de la forêt majestueuse qui les entoure, c’est bel et bien mamie qui maintient l’entreprise à flots, en louant des box pour chevaux ou en organisant des séminaires. Et qu’importe que les hôtes puissent être d’anciens nazis réunis à l’occasion d’un congrès – c’est de l’histoire ancienne, et puis il faut ce qu’il faut, tous les moyens sont bons pour survivre. Un pragmatisme qui fait bondir sa fille Kati, une tante historienne que Léa admire beaucoup et qui s’efforce depuis des années de raconter honnêtement l’histoire locale dans son musée. On a vu des familles plus soudées…
Bonne fille, Léa accepte les membres de sa famille tels qu’ils sont, chacun avec ses lubies, chacune avec ses démons et ses problèmes quotidiens. Jusqu’au jour où, grâce à son talent pour le chant, la jeune fille est sélectionnée pour participer à une émission de télé-crochet. Tout son entourage est ravi et fait front pour la soutenir, faisant émerger une cohésion familiale inattendue autour de la jeune adolescente – un peu perdue au milieu de toute cette attention…
Eva Trobisch – autrice en 2018 du très remarquable Comme si de rien n’était, portrait magnifique d’une femme victime d’un « viol ordinaire » – réussit avec Home stories un film choral des plus subtils. Chaque membre de cette famille presque banale trimballe une histoire qui lui est propre, intimement mêlée aux autres. L’émission à laquelle participe Léa, qui bouscule les petites habitudes, sert de révélateur pour suivre le cheminement de tous, qu’il s’agisse de la gestion de l’hôtel pour les grands-parents, de la relation distendue entre les parents ou encore du projet de la tante Kati, qui mêle peut-être un peu trop l’Histoire du pays et son histoire personnelle… Le film passe de l’un à l’autre, sans personnage principal à proprement parler, mais avec un équilibre narratif très fluide entre les fils des différentes histoires, qui invitent à la réflexion sur soi, sur sa place dans le monde et sa relation aux autres.
Pour la réalisatrice – proche en cela de son personnage de Kati –, cette réflexion est intimement liée à l’Histoire de son pays. « Je suis née à Berlin-Est et j’ai grandi dans l’Allemagne réunifiée, marquée par l’influence de l’Ouest. Mon “chez-moi” comporte donc deux “histoires” : celle de la communauté socialiste et celle de l’individualisme en système capitaliste. Ces deux récits m’ont profondément marquée. La famille incarne un idéal de la communauté. Les émissions de casting recherchent quant à elles une personne qui est plus « spéciale » que les autres. Le film évolue entre ces deux pôles, avec un grand plaisir à subvertir ces deux récits. “Home” peut signifier “pays”, et le pays est affaire d’histoire. Mais qui écrit cette histoire ? Qui la raconte ? Qui écoutons-nous ? Pouvons-nous décider de ce qu’est notre histoire ? ». Home stories développe par petites touches, et tout en délicatesse, une belle réflexion sur la fragilité de nos existences et sur notre capacité à surmonter ce vertige.



