Gare centrale

Bab el hadid

Réalisation : Youssef Chahine
Casting : Youssef Chahine, Hind Rostom, Hassan El Baroudi, Farid Shawqi
Scénario : Abdel Hay Adib, Mohamed Abou Youssef

Type de film : Fiction
Pays : Egypte
Année : 1958
Durée : 80 mn
Version : VOST

Soirée-débat
Jeudi 22 octobre à 20:15 à Bordeaux.

Projection proposée par l’Institut des Afriques, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. Projection suivie d’un débat avec Catherine Ruelle, journaliste et critique de cinéma. Préventes disponibles sur HelloAsso

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Si vous aimez le cinéma, si vous aimez découvrir des choses originales qui vous entraînent loin des sentiers battus, il faut vous précipiter à Gare centrale, film égyptien de Youssef Chahine dans sa première période, bien plus passionnant et émouvant que ses dernières réalisations, un vrai chef d’œuvre de générosité désespérée. Et surtout, que ceux qui râlent parce que les reprises de films anciens se limitent trop au seul cinéma américain ne ratent pas le coche. Sinon on ne leur cause plus, et en tout cas on restera sourd à leurs futurs regrets…
Nous sommes donc dans la grande gare du Caire. Le jour s’est à peine levé que déjà toute la foultitude ferroviaire s’active : Kennawi le boiteux (Chahine lui-même), vendeur de journaux, Hanouma la pulpeuse qui survit d’un commerce clandestin de sodas, Abou Serih son amoureux, chef des porteurs et animateur de l’antenne syndicale, et l’épouvantable Zakzouk, le vendeur officiel et agréé de boissons et de casse-croûtes. La passion et le désir rôdent : Kennawi est désespérément amoureux de Hanouma, qui aime Abou Serih. Et tout ce petit monde d’abhorrer l’infect Zakzouk. L’heure avance, les convois se forment, les intrigues se nouent…

Entre deux bouteilles de coca placées à la sauvette, se faufilant sous les rames de wagons à l’arrêt, se douchant à même la prise d’eau des locomotives, Hanouma la sauvageonne cruelle, moulée dans des soies moites, agace le frustré Kennawi de promesses amoureuses impossibles, l’accule au désir… Il est midi. Une limousine dépose un jeune homme au départ des grandes lignes. Dans le hall surchauffé, à l’abri d’une colonne, une fille le guette. Vont-ils se dire adieu ?… Kennawi découpe des pin-ups dans des revues sexy. Hanouma fait une sieste roborative et néanmoins lascive. Abou Serih fomente une grève de porteurs… L’après-midi s’étire, les passions s’exacerbent, la raison vacille… Plus que jamais mené en bateau par Hanouma, et impressionné par un fait divers sanglant lu dans le journal, Kennawi décide de supprimer sa bien-aimée, puisque c’est la seule manière de la posséder, en tout cas d’empêcher les autres de l’avoir…

La gare centrale du Caire s’anime ainsi comme un micro-monde palpitant, où les flux des destinées humaines s’entrecroisent sous l’œil ami, chaleureux, exalté d’un metteur en scène ivre de cinéma. C’est tout un monde des bas-fonds transcendé par la joie de vivre et le bonheur d’être ensemble, sans que cette solidarité objective ne vire à l’angélisme : le sang et la folie ne sont pas loin.

Et même s’il s’attache avant tout à ses personnages du « petit peuple », l’oeil acéré de Chahine éclaire les recoins de la société égyptienne : il dénonce la misère sexuelle née des tabous de toutes sortes, ridiculise les fanatiques religieux, prend farouchement parti contre le voile imposé aux femmes, prend fait et cause pour les luttes syndicales en s’insurgeant contre le sort réservé aux misérables, et hurle en faveur de la liberté de s’aimer… Tout ça résonne encore très fort aujourd’hui…

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