Wild Horse Nine

Réalisation : Martin McDonagh
Casting : John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Mariana Di Girólamo
Scénario : Martin McDonagh
Récompenses : Festival de Venise 2026 : John Malkovich, Prix d’interprétation masculine

Type de film : Fiction
Pays : GB, Chili, USA
Année : 2026
Durée : 118 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 04/11/2026

Mercredi 04 novembre
15:00
Mercredi 04 novembre
20:45
Jeudi 05 novembre
16:10
Jeudi 05 novembre
20:30
Vendredi 06 novembre
12:15
Vendredi 06 novembre
16:00
Samedi 07 novembre
11:45
Samedi 07 novembre
14:15
Samedi 07 novembre
20:45
Dimanche 08 novembre
11:15
Dimanche 08 novembre
15:00
Dimanche 08 novembre
20:15
Lundi 09 novembre
11:30
Lundi 09 novembre
17:45
Mardi 10 novembre
15:00
Mardi 10 novembre
20:30
Du 04/11/2026 au 10/11/2026 – Prochaines séances

« Comme chaque cellule du Chili le dira — Les cris des hommes torturés — Souviens-toi d’Allende et des jours passés, – Avant l’arrivée de l’armée – S’il vous plait n’oubliez pas Victor Jara — Dans le Stade Santiago — Es verdad – encore ces balles de Washington. »

Dans Washington bullets, au texte particulièrement teigneux, les Clash dénoncent l’impérialisme états-unien en Amérique latine, depuis la révolution cubaine jusqu’aux actions de la CIA en soutien aux dictatures militaires. Plus précisément, dans ce couplet, ils évoquent l’aide apportée à Pinochet pour renverser, le 11 septembre 1973 à Santiago du Chili, le président Salvador Allende. Et justement, quelques semaines plus tôt…

L’action de Wild horse nine se déroule en août 1973, en marge des préparatifs du putsch. Chris (John Malkovich) et Lee (Sam Rockwell) sont deux agents chevronnés de la CIA en charge des opérations. L’histoire commence au moment où leur supérieur et chef de bureau, MJ (Steve Buscemi), envoie nos deux barbouzes au repos dans l’île de Pâques, un îlot volcanique isolé dans l’océan Pacifique, à plus de 3 750 kilomètres de Santiago. Au milieu des emblématiques statues de l’île, le duo n’en finit pas de refaire ses guerres, plus ou moins secrètes (plutôt plus que moins), plus ou moins avouables (plutôt moins que plus), d’en dresser l’inventaire – tout en peaufinant le complot en cours. Leur routine de vieux couple en quelque sorte. Tellement que Chris, gravement malade, médite sur ses choix de vie et sa carrière. Et s’il était temps pour ce fervent catholique d’aller à confesse, de songer à raccrocher ? Le chef MJ ne l’entend évidemment pas de cette oreille et charge Lee de surveiller son collègue. Car c’est un classique inévitable : tôt ou tard, tout espion de premier rang devient une menace pour son employeur. La routine de Chris et Lee menace encore plus nettement de dérailler lorsqu’ils se lient avec deux étudiantes rebelles, gauchistes revendiquées.

John Malkovich trouve dans cette fable politique désenchantée, à l’humour très noir, un rôle à sa démesure : infréquentable, odieux, réactionnaire jusqu’à l’os, excessif au possible, tour à tour glaçant, grotesque, émouvant et hilarant… Il campe un Chris sûr de lui, bardé de certitudes et de théories absurdes qui plongent ses auditeurs dans de drôlissimes abîmes de perplexité. Une caricature qui cache tout de même un tueur professionnel qui a passé sa vie à faire tomber des gouvernements et à manipuler des populations pour le compte de son pays. Lee (Sam Rockwell, impeccable) est moins fantasque que son collègue, mais tout aussi intrigant. Leur tandem, que Martin McDonagh prend un plaisir visible à faire dialoguer, n’est pas si éloigné du couple de tueurs fatigués que le cinéaste promenait dans la Belgique de carte postale de Bons baisers de Bruges (2007) – et la relation qu’entretiennent les deux hommes, toute en complicité et en non-dits, quoique menacée par leurs propres errements, n’est pas sans rappeler l’amitié perdue qu’il filmait dans Les Banshees d’Inisherin (2022). On retrouve ainsi avec plaisir son univers à la fois désinvolte et désenchanté, son humour froid, son humanisme sincère, ses dialogues irrésistibles et ses silences puissants. Fausse comédie d’espionnage, vrai mélodrame, fable à haute teneur politique, le film évoque sans détour l’intervention états-unienne au Chili et le rôle de la CIA dans la déstabilisation du gouvernement d’Allende. Il s’inscrit ainsi dans l’Histoire plus large de la Guerre froide et des ignominieuses missions de déstabilisation de l’opération Condor. Des sujets peu glorieux qu’aujourd’hui encore, on ne rencontre pas si fréquemment dans le cinéma états-unien (et, en effet, Wild horse nine n’est qu’un tiers états-unien, ceci expliquant sans doute cela…).

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