mardi 08 septembre 2026 à 20:00
Erratum : cette projection-rencontre est annoncée par erreur le vendredi 4 septembre dans notre programme papier. L’événement a bien lieu le mardi 8 septembre à 20h
Projection-rencontre avec le cinéaste José Luis Guerin
Dans le cadre de la présentation de la Biennale internationale de culture, d’art et de pensée Encuentros de Pamplona qui se déroulera à Pampelune du 2 au 12 octobre 2026
Organisée par les Encuentros de Pamplona, le Gouvernement de Navarre et la Fondation Baluarte, en partenariat avec l’Instituto Cervantes de Bordeaux
Projection suivie d’un échange avec le réalisateur José Luis Guerin, l’un des réalisateurs les plus singuliers et passionnants du cinéma espagnol actuel
Histoires de la bonne vallée
Réalisation : José Luis Guerín
Scénario : José Luis Guerín
Récompenses : Prix spécial du Jury, Festival de San Sebastián 2025
Type de film : Documentaire
Pays : Espagne
Année : 2025
Durée : 122 mn
Version : VOST
Enclavé entre une autoroute, une ligne de chemin de fer, une rivière et les montagnes, Vallbona est un quartier à la périphérie de Barcelone. Ses terres, exploitées depuis le Moyen-Âge, sont irriguées par le fleuve Besós et un fossé millénaire, le canal Rec. Le dernier propriétaire de cet ancien domaine féodal fit établir au début du XXe siècle les plans d’une cité-jardin au bénéfice de petits propriétaires. La guerre civile mit un terme au projet et la vallée resta orpheline de tout plan d’urbanisation. Puis des gens du sud arrivèrent progressivement…
Tout commence par une petite annonce scotchée à la devanture d’un magasin : recherches témoignages, anecdotes, histoires concernant le quartier de Vallbona. Un film va y être tourné ! Les plus jeunes parlent de la bibliothèque, du terrain de foot ; les ados, du pont qu’il leur faut traverser tous les jours pour se rendre au lycée. Les jeunes couples avouent ne pas beaucoup connaître ce quartier, devenu une cité-dortoir, où acheter un appartement était possible alors qu’il n’était même pas la peine d’y penser en restant à Barcelone. Pour un des anciens, c’est un western qu’il faudrait tourner. Il y a tout ce qu’il faut : les chemins en terre, le vent et les arbres. Un western, ce serait vraiment le mieux.
Mais ce qui intéresse le réalisateur José Luis Guerin, ce sont plutôt les gens. Les femmes et les hommes qui habitent et constituent Vallbona, ce quartier fragmenté et isolé. Antonio, dit « le charbonnier », y vit depuis près de 90 ans, y cultive des fleurs. Il sera notre mémoire des vieilles pierres originelles : il nous explique tout de ces maisons auto-construites clandestinement, souvent de nuit pour ne pas se faire arrêter, par les immigrants venus du sud. Carles, quant à lui, s’intéresse surtout à ce que l’on plante et à ce qui pousse. Pour lui, les ancêtres avaient tout compris et le savoir paysan doit se perpétuer encore et encore. Amour profond de la terre partagé par Fátima, gitane portugaise, qui tient à transmettre à ses petits-enfants – et à tous ceux qui veulent bien l’écouter – la mémoire sauvage des forêts, des fleurs et des plantes. Seule et peut-être dernière dépositaire d’une culture païenne ayant survécu dans les bois. Il est impossible de citer ici tous les personnages hors du commun qui définissent le paysage humain de Vallbona… On précisera simplement que de nouveaux émigrés continuent à arriver et tentent de maintenir ce lien si cher aux précurseurs du quartier. Que ce soit Makome et sa fille, arrivées d’Afrique, ou Tatiana, échappée de l’Ukraine en guerre, illustrant ainsi les conflits contemporains qui transforment la population du quartier.
Au moment du tournage, un projet de construction d’un tunnel est en cours : projet qui va une nouvelle fois défigurer la bonne vallée. Il va falloir déplacer le terrain de foot pendant les travaux, si ce n’est définitivement… Si seulement, le projet incluait les habitants en créant une gare, favorisant la liaison avec la ville… Mais non, pour les grands architectes, Vallbona ne vaut même pas qu’on s’y arrête ! Si les anciens sont presque contents de cet état de fait – personne ne viendra envahir leur havre de paix ! –, les plus jeunes, eux, ne seraient pas contre un moyen de transport qui fonctionne passé 22 heures…
Au rythme de la musique, des conversations à bâtons rompus, des baignades interdites et des amours naissants, le réalisateur José Luis Guerin, spécialiste du brouillage des frontières entre la fiction et le documentaire, nous raconte une forme poétique de résistance qui émerge face aux conflits urbains, sociaux et identitaires.
Mercredi 9 Septembre à 18h, à l’Instituto Cervantes de Bordeaux (57 Cours de l’intendance) Conférence Depuis les décombres du progrès : échange entre le cinéaste José Luis Guerin et l’essayiste et directeur des Encuentros de Pamplona, Ramón Andrés, modéré par la journaliste et sous-directrice des Encuentros, Berta Ares. Discussion en espagnol, avec traduction simultanée en français. Entrée Libre.




















