Comme le feu

Réalisation : Philippe Lesage
Casting : Noah Parker, Arieh Worthalter, Paul Ahmarani, Sophie Desmarais, Irène Jacob, Laurent Lucas, Guillaume Laurin
Scénario : Philippe Lesage

Type de film : Fiction
Pays : Canada, France
Année : 2024
Durée : 155 mn

Sortie nationale : 31/07/2024

Une voiture roule sur une grande route au milieu des arbres. En se prolongeant, la séquence avertit sur la nature de ce film aussi ambitieux que passionnant : il faut du temps (deux heures trente-cinq), et chaque seconde compte, pour capter la sinuosité des sentiments et des ressentiments. À l’arrière de la voiture, Jeff, 17 ans, dévore des yeux Aliocha, la sœur de son meilleur ami, Max. Ils sont tous invités à séjourner dans le domaine au fond des bois québécois de Blake Cadieux, un réalisateur prestigieux. Cela fait plus de trois ans qu’Albert, le père de Max et d’Aliocha, n’a pas revu son ami Blake, dont il fut le scénariste attitré. Quand ce dernier, habillé comme Indiana Jones, vient chercher les arrivant avec son aéroglisseur pour les mener à son chalet retiré, les retrouvailles, déjà, s’avèrent taquines. Voilà bientôt Blake qui mime une bagarre et ceinture Albert sur un lit, devant sa fille. On rigole, on rigole… Au dîner, alcoolémie aidant, le ton monte, à coups de règlements de comptes et de phrases assassines, entre le réalisateur qui, dorénavant, méprise la fiction et ne jure plus que par le documentaire et la nature, et son ex-collaborateur, qui assume d’écrire pour la télévision, car il faut bien gagner sa vie. Le timide Jeff, grand admirateur de Blake, ne perd pas une miette de ce combat de coqs pathétiques. Après beaucoup de parties de chasse et de pêche aux relents virilistes, cette admiration va prendre l’eau…

Déjà remarqué pour Genèse, en 2019, où il ajoutait de la délicatesse au sujet, rebattu, de la confusion des désirs adolescents, Philippe Lesage démontre son grand talent pour cartographier les embrasements et les désillusions, mais cette fois, selon un alliage remarquable entre intensité théâtrale et dangereuse beauté des grands espaces. Face à un Albert de plus en plus larmoyant, Blake se révèle un mâle alpha imbu de lui-même, avec les autres, tous les autres, transformés en public gêné. Dans les deux rôles principaux, Arieh Worthalter (récemment césarisé pour Le Procès Goldman, de Cédric Kahn) et le Canadien Paul Ahmarani sont d’autant plus fascinants qu’on devine leur art de l’improvisation lors des aigres, et très bien dialoguées, scènes des repas, filmées en plans-séquences. La violence s’impose aussi dans les excursions de groupe, à la chasse ou à la pêche, qui évoquent, sans pâlir de la comparaison, le Délivrance de John Boorman. Tout le reste du casting – du jeune et fiévreux Noah Parker, dans le rôle de Jeff, à Irène Jacob, en guest-star d’un naturel saisissant – emboîte le pas de ce psychodrame entre intérieurs et extérieurs, où l’amertume des anciens brûle les illusions de la jeunesse. Impressionnant de bout en bout.

(Guillemette Odicino – Télérama)

D’autres films à l’affiche

France, Pologne – 2026
90mn
Danemark – 2011
130mn
Costa Rica – 2026
105mn
Espagne – 2018
91mn