Wake in Fright

Réalisation : Ted Kotcheff
Casting : Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay, Jack Thompson
Scénario : Evan Jones

D’après le roman de Kenneth Cook, 5 matins de trop

Type de film : Fiction
Pays : Australie
Année : 1971
Durée : 109 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 21/07/1971

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Voilà un film qui ne saurait s’oublier, vous colle définitivement à la mémoire comme aux sens, dont la puissance tient au climat culturel dans lequel il nous emporte, au souffle chaud et à la sensualité qui l’imprègnent… Un film dont le négatif avait été perdu, puis retrouvé tout récemment complètement par hasard, ce qui nous vaut cette résurrection inespérée.
C’est Noël, mais Noël dans l’Outback, l’arrière pays australien, c’est du torride, une ombre impossible à trouver, la sueur qui vous coule par tous les pores de la peau, semble vous assécher la cervelle, vous donne des envies de bière fraîche et des rêves d’oasis… L’Outback, c’est au-delà du Bush, un territoire grand comme les deux tiers de l’Europe, tellement aride que seules quelques races d’animaux ont pu s’adapter au climat sec, constamment sec. Quant aux humains, guère plus d’un petit million d’habitants, ils sont éparpillés par petites villes et villages concentrés autour des gisements miniers de toute sortes dont le sous-sol est gavé.

Terre ocre à perte de vue, tannée par le soleil, rien qui laisse entrevoir des rapports de voisinage un temps soit peu rafraichissants : l’enfer pour ce jeune et bel instit blond, affecté à Tiboonda, un bled paumé de l’Outback, aux fins d’instruire une poignée de gamins butés et peu sensibles à la poésie. John Grant ne rêve que de rejoindre Sydney, la fraîcheur de ses plages et de sa douce fiancée pour les vacances de Noël et à peine dit le dernier mot du dernier cours, il bondit dans l’unique train pour rejoindre le plus proche aéroport à Bundanyabba, Yabba pour les intimes, car c’est le genre de ville qui induit de curieuses relations, entre passion et répulsion, charnelles et excessives, violentes et intimes… Quelques heures vont suffire pour que John découvre qu’on ne ressort pas indemne de Yabba, pire : Yabba va se refermer sur lui comme un piège dont il n’est pas sûr qu’il arrive à s’échapper, non par contrainte car, au fond, rien ne l’oblige à rester, non par envie, aucun humain normal n’aimerait vivre dans cette ambiance bestiale où tout tangue entre alcool, sexe, jeu et chasse au kangourou… mais alors qu’est-ce qui peu bien faire que ce type fin et cultivé se laisse embarquer dans une cascade de relations et d’événements qui l’emmènent vers son contraire ?
Quelques heures à perdre, une soif qui brûle la gorge, et le hasard qui le pousse à rentrer dans une arrière salle de bar, bourrée à craquée, où une foule de mecs excités se livre à un jeu de pile ou face fascinant en éclusant force bières… Emporté par l’ambiance, John jouera lui aussi jusqu’à son dernier sou, jusqu’au billet d’avion précieux qu’il avait dans sa poche.
Fascinant : pour John d’abord, et pour nous spectateurs qui sommes subjugués par ce qui se passe là. La rencontre avec Donald Pleasence, toubib déclassé, personnage attachant qui l’embarque dans une relation ambiguë de domination/soumission, image du père gaveur à qui il n’arrive pas à dire non… va l’introduire dans la société locale, abrutie de confort, où les hommes sont majoritaires, primaires, sans réflexion et s’adonnent à des jeux cruels et violents, tandis que les femmes, frustrées et réduites à leur solitude, semblent rêver d’amour autant que de sexe, un sexe omniprésent de façon latente dans la vision des peaux transpirantes, des bagarres, des rapprochements fulgurants et sommaires… Tout ce monde là est pourtant fichtrement humain : ces braves types pourraient être tout autre chose que ces bourrins au comportement agité, aux relents de fascisme.

Ce qui devait être une simple halte va devenir une terrible descente aux enfers, dont John ne perçoit plus la sortie… C’est plus qu’un film, c’est une véritable plongée dans un univers aux antipodes du nôtre, possible grâce à la prestation époustouflante de la totalité des acteurs : impossible d’oublier la relation de Donald Pleasance et de Gary Bond, impossible ne pas partager cette soif terrible de bière qui n’arrive pas à vous laver la gorge du goût brûlant de ce désert.

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