Les yeux verts

Réalisation : Fanny Liatard, Jérémy Trouilh
Casting : Douae Butarbuch M’Zaouki, Sayyid El Alami, Anamaria Vartolomei, Arcadi Radeff
Scénario : Fanny Liatard, Jérémy Trouilh, Guillaume Laurant

Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 83 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 11/11/2026

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Et si le meilleur moyen de saisir l’indicible était d’apprendre le langage des rêves ? Et si la façon la plus fraternelle de comprendre les douleurs traversées par celles et ceux venus d’un lointain ailleurs pour trouver ici un monde meilleur était de simplement se mettre à hauteur d’enfant ? Comme le cinéma d’animation nous l’offre parfois – ce fut par exemple le cas avec le magnifique La Traversée de Florence Miailhe – la fiction peut emprunter les chemins de l’imaginaire pour mieux raconter les histoires tragiques de notre monde. C’est l’heureux choix de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, déjà réalisateurs du très réussi Gagarine en 2021 : préférer l’onirisme poétique au réalisme brut, entourer le public d’une douceur magnétique au lieu de le plonger dans un bain de réel cru et souvent violent… Bref, opter pour les chemins de traverse et les murmures d’une forêt plutôt que pour les routes bitumées et les vociférations des métropoles.

La forêt justement, c’est celle des Landes, l’une des plus grandes d’Europe, celle qui a brûlé cet été, forçant des familles entières à abandonner leur foyer… comme ailleurs on doit fuir un pays aimé à cause d’une guerre ou de la misère. Le jeune Nour, sa petite sœur Chaya et leur père y ont trouvé refuge, dans un village où chacun semble s’être fait une place. Comme souvent, l’école est le premier lieu d’intégration, le refuge où, par la langue, souvent apprise et maitrisée à une vitesse record, on apprend consciencieusement les codes de cette culture étrangère. Et elle est touchante, Chaya, quand elle raconte, si appliquée, à ses camarades de classe, la vie des grues cendrées, ces majestueux oiseaux migrateurs qui traversent terres et océans pour une vie plus douce.

Mais on a beau être à l’orée de la forêt, loin du tumulte de la ville, ici aussi il y a des Préfectures et des décisions d’Obligation de Quitter le Territoire Français. Celle qui frappe le père de Nour et de Chaya les concerne évidemment puisqu’ils sont mineurs. Ils ont un mois pour retourner en Irak, terre de larmes qu’ils ont quittée au péril de leur vie. Arrive alors quelque chose de mystérieux, un syndrome peu connu mais identifié par le monde scientifique et médical : le syndrome de résignation. Il touche essentiellement les enfants issus de familles de réfugiés ou de demandeurs d’asile, souvent à l’annonce d’un refus de visa, et les plonge dans un sommeil singulier, quelque part entre le coma profond et l’hibernation. Vulnérable et impuissant, Nour va ainsi s’endormir… et ne pas se réveiller, une manière de fuir ce monde qui ne veut pas de lui et de sa famille, de quitter la société qui le rejette malgré tous ses efforts et toutes les peines endurées…

Persuadée qu’il s’est ainsi caché dans ses rêves (et peut-être aussi dans ses cauchemars car le périple d’une telle traversées est jonché de traumas et de deuils inachevés : une maison, un pays, un être aimé), la jeune et si admirable Chaya va aller le chercher dans les confins de cet étrange territoire humide et sombre comme l’immensité, qu’elle et sa famille ont traversé une nuit…
Aidée par des adultes bienveillants, sa maîtresse d’école et un ermite fantaisiste, Chaya va puiser en elle toutes les ressources pour ramener à la vie son frère… et qui sait, comme dans les plus jolis contes, l’histoire aura peut-être un dénouement couleur d’espoir.

PS : grâce à sa poésie, sa beauté et la délicatesse avec laquelle il aborde ses thématiques graves, Les Yeux verts est tout à fait visible par des ados à partir de douze ans)

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