Non alignés : Scènes des archives Labudović

Non-aligned: Scenes from the Labudovic reels

Réalisation : Mila Turajlić

Type de film : Documentaire
Pays : Serbie, France, Croatie, Montenegro
Année : 2022
Durée : 100 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 27/09/2023


Des bobines de films dorment sur des étagères d’archives en Serbie. Elles regorgent d’images oubliées de liesses populaires, de sommets politiques, et parfois de luttes armées anticoloniales. Mila Turajlić les exhume une à une et part à la rencontre de celui qui les a filmées : Stevan Labudović. À partir de 1954, de Belgrade à Alger en passant par New York, ce filmeur passionné a capté sur pellicule, pour le compte de Tito et de l’ex-Yougoslavie, les combats anti-impérialistes et l’opposition à l’idée d’un monde bipolaire partagé entre l’Est et l’Ouest. Ses images racontent l’émergence du « Tiers-Monde » sur la scène internationale et une utopie politique : le mouvement des Non Alignés. Une époque où l’on croyait que le cinéma pouvait écrire l’histoire.

« La réalisatrice d’origine serbe Mila Turajlic est depuis longtemps reconnue pour des documentaires qui évoquent l’histoire de son pays natal – parfois à travers la sienne propre. C’était le cas dans Cinéma Komunisto (qui racontait combien le cinéma de l’époque titiste avait forgé une identité nationale) et L’Envers d’une histoire (où l’on observait le déchirement de son pays par les yeux de sa mère, farouche militante démocrate). Des films primés dans de nombreux festivals.

« Ciné Guérillas qui s’intéresse à la Guerre d’indépendance algérienne, fait partie (avec Les Non alignés) du diptyque Scènes des Archives Labudovic, du nom de ce cinéaste qui accompagna Tito et son régime dans les années 1960. Bien sûr la Yougoslavie y joue une rôle essentiel. Labudovic arrive en Algérie à travers un mouvement plus important, celui du Mouvement des non alignés. Le cameraman des actualités yougoslaves est assigné au voyage du président Tito à travers le monde et se voit charger d’aider par l’image l’Armée de Libération Nationale algérienne (l’ALN) pour contrer la diplomatie française et sa propagande. Labudovic passe presque 4 ans sur place pendant la guerre, filmant les différents fronts. « Notre confiance en lui était totale puisque Tito l’avait envoyé » témoigne un ancien commandant de l’ALN.

« Turajlic interviewe Labudovic (décédé depuis), chez lui et aux archives des actualités yougoslaves toujours en activité. Bien qu’âgé et malgré son élocution hésitante, c’est un narrateur brillant et lucide. Il a gardé minutieusement des carnets de route de son séjour en Algérie, et la réalisatrice les monte avec des archives pour certaines invisibles depuis 60 ans. Et ces images sont extrêmement porteuses de sens. Tout un travail avec Labudovic, sa femme et un ami volontaire de la Croix Rouge a servi à Mila Turaljic à préparer son voyage en Algérie. Bien loin d’une simple compilation de témoignages de vieux vétérans combinés à des archives et des images tournées par Labudovic dans des endroits clé, le film témoigne de la force des images dans la lutte anti-coloniale que menèrent les Algériens pour la reconnaissance de leur pays aux Nations Unis, initiative que devait évidemment tenter de saboter la France.

« On y croise des témoins passionnants : l’homme en charge du camion cinéma qu’avait financé l’ALN, celui qui créa la radio “La Voix des Arabes”, autre outil essentiel de la propagande de guerre ainsi qu’un activiste basé à New York qui agissait auprès de l’ONU pour la reconnaissance de l’Algérie indépendante. Autant de personnages qui montrent encore une fois l’importance des médias dans une guerre de libération qui peut nous faire réfléchir sur les conflits en cours. » (d’après Vladan Petkovic, cineuropa.org)

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