Irish Travellers
Tin castle
Réalisation : Alexander Murphy
Type de film : Documentaire
Pays : Irlande, France
Année : 2026
Durée : 96 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 28/10/2026
« C’était finalement la seule famille avec qui je me voyais passer autant de temps. Je les ai rencontrés en 2020 et j’ai fini le tournage en mars 2026. C’est tout un chapitre de ma vie que j’ai donné à ce film, il fallait donc que je les aime ».
Ainsi se confie Alexander Murphy, le réalisateur d’Irish travellers, un film passionnant, simple, lumineux, d’une émouvante beauté formelle, qui nous invite à entrer par la petite porte du mobil-home pour partager sans chichis la vie d’une famille unique, à la marge de la marge : bienvenue chez les O’Reilly ! À la marge de la société irlandaise d’abord, car l’irish traveller, littéralement « l’Irlandais voyageur », fait peur. Nomade originaire d’Éire, à l’instar des Roms, il est mis au ban de la société – il ne fait jamais bon dans nos contrées occidentales s’opposer à la sédentarité et (surtout) à la propriété foncière, qui sont des valeurs fondatrices, cardinales, indépassables. Mais qui pis est, au sein des travellers, la famille O’Reilly (le père, la mère et pas moins de 10 gamins, âgés de 4 à 16 ans) a fait le choix pour le moins atypique de se fixer – se mettant pas là-même à l’écart de sa communauté. Cela dit… il y a sédentarité et sédentarité.
Notre tribu n’a cependant pas sacrifié son mode de vie, libre et sans attaches, à la si peu séduisante « normalité ». Et plutôt que de s’enfermer dans un des sinistres logement sociaux que de loin en loin on leur propose, Patrick et Lisa ont installé leur caravane le long d’une route passante, en rase campagne, protégée du flot des voitures par une glissière de sécurité. Avec, sans doute ancrée dans un coin de leur tête, l’idée que rien n’est immuable et qu’il est préférable, prudent, nécessaire, de toujours se tenir prêt à reprendre la route.
Le quotidien de la smala entassée entre les huit murs de deux, bientôt trois, caravanes, est rythmé par le partage des tâches domestiques, le soin apporté aux chiens et aux chevaux (indispensables canassons !), le claquement des sabots sur le bitume lors des balades en sulky, les rares micro-folies que leur permet un budget ultra restreint, pas mal de bruit, de fureur – et surtout beaucoup, beaucoup d’amour. Aussi indéniable que rugueux, l’amour – on ne se paie pas de mots chez les O’Reilly. On ne fait pas semblant. Et tant pis, dès lors, pour le cinéma dont ils désarment les artifices : si le cinéaste est de toute évidence adopté, le onzième gamin de la portée en quelque sorte, pas question pour autant de faire semblant d’ignorer sa caméra, qui s’invite dans leur intimité, avec laquelle chacun dialogue à sa guise, joue, se chamaille, devant laquelle on peut au besoin s’épancher… Pas d’artifices, donc, mais une vraie magie. La magie singulière que peut faire naître un cinéma débarrassé de ses oripeaux : nu et pourtant chiadé, beau sans affectation, tout entier mis au service de son sujet, tendre et sincère : documenter la chaleur humaine, la vitalité de cette improbable famille qui nous accueille à bras grands ouverts. Dans un joyeux chaos anarcho-catholique, les dix gamins vivent leurs plus belles années, été comme hiver fourrés dans les champs qui prolongent la caravane – la vie des travellers offre une liberté sans limite. Les O’Reilly traversent les saisons dans ce fragile château de tôle, héritiers d’un mode de vie en sursis. Les enfants rient, les chiens aboient, la caravane ne passe plus mais tient encore. Pour combien de temps ? On leur donnerait volontiers l’éternité.


