Écrire la vie
Réalisation : Claire Simon
Scénario : Claire Simon
Type de film : Documentaire
Pays : France
Année : 2026
Durée : 90 mn
Sortie nationale : 23/09/2026
Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens
« C’est un film qui rend heureux. Et c’est bien, les films qui rendent heureux, quand ils sont justes et qu’ils ne font pas voir la vie faussement. Là, on voit la réalité de jeunes qui ne sont pas ce que l’on dit qu’ils sont. Ils s’intéressent aux questions importantes, l’amour, le sexe, les parents, le milieu social. Voir la jeunesse, dans son présent, c’est enthousiasmant. » Annie Ernaux
Depuis ses débuts, Claire Simon façonne une œuvre qui prend l’enfance et l’adolescence comme terrain d’observation privilégié. D’une grande fidélité aux lieux éducatifs, elle filme l’école comme un laboratoire du monde social : Récréations (1992) scrutait la cour d’école comme un théâtre miniature ; Premières solitudes (2018) donnait aux adolescent·e·s un espace de parole rare ; Le Concours (2016) dévoilait les coulisses de l’entrée à la Fémis, prestigieuse école de cinéma ; enfin, Apprendre (2024) poursuivait l’exploration des salles de classe et de leurs dynamiques. Chez la réalisatrice, les enfants et les jeunes ne sont jamais réduits à leur âge : ils sont des êtres complets, porteurs d’une lucidité propre, d’une sensibilité que la caméra capte sans condescendance…
Avec Écrire la vie, elle s’attache à montrer comment l’œuvre d’Annie Ernaux circule parmi les jeunes générations. Sans jamais filmer l’autrice elle-même, la cinéaste fait entendre ses mots, lus et commentés par des adolescent·e·s qui découvrent, parfois avec stupeur, l’évidence d’un vécu qui pourrait être le leur. Dans cette rencontre entre l’écriture nue d’Ernaux et le regard tendre et attentif de Simon, se joue quelque chose d’essentiel : la façon dont les récits de femmes, longtemps marginalisés, deviennent aujourd’hui des outils d’émancipation individuelle et collective.
Le dispositif, volontairement épuré, repose sur l’absence physique de l’écrivaine. Ce sont les adolescent·e·s qui lisent, s’arrêtent, se heurtent à ses phrases. Claire Simon affirme : « Dans les portraits habituels, on n’entend pas le texte. » Ici, c’est au contraire la matière première du film. Les élèves y trouvent un miroir inattendu, en particulier dans les récits de transfuge de classe ou dans les évocations de la découverte du désir. La caméra de Simon, tendre et précise, révèle l’instant où une œuvre littéraire devient un vivier de conscience. Et c’est sans doute pour cela que la réalisatrice a confié, émue, au micro de France Info : « Je suis honorée qu’on pense que je filme comme Annie Ernaux écrit ».
Annie Ernaux occupe une place unique dans le paysage littéraire contemporain. Son écriture, qu’elle qualifie de « neutre », refuse l’ornementation pour préserver l’essentiel : une précision presque documentaire, qui dit la vie sans détour. Cette forme dépouillée porte une ambition profondément politique : faire de l’intime un outil d’analyse du social. Transfuge de classe, elle met en lumière les assignations et les déchirements qui traversent les milieux populaires. Ses livres touchent les lycéennes et lycéens filmés par Claire Simon parce qu’ils parlent, sans fard, de ce que signifie être une fille, puis une femme, dans une société qui cadre les comportements et les désirs. Ernaux dit l’amour, la honte, la sexualité, la domination, la violence sociale – autant d’expériences universelles que chacun·e peut reconnaître.
Écrire la vie témoigne clairement de la puissance actuelle de son œuvre. En filmant la réception vivante, vibrante, subjective de ses textes par les lycéennes et lycéens, Simon révèle un fait essentiel : Ernaux n’est pas seulement une écrivaine, elle est un vecteur d’émancipation. Ses livres accompagnent les jeunes, leur donnent des mots pour formuler ce qu’ils n’osaient pas nommer, et les placent devant les structures sociales qui façonnent leur vie. (Zoé Schultess Marquet, vogue.fr)



